Cession de Merial à Boehringer

L’hémorragie industrielle de la France se poursuit, après Rhodia chez le belge Solvay, ciments Lafarge chez le suisse Holcim, Alcatel chez le finlandais Nokia et Alstom Energie chez l’américain General Electric, l’année 2016 commence avec la cession de Merial à l’allemand Boehringer.

Qu’est ce que Merial ?

La première société de santé animale mondiale dont le siège est à Lyon. Plus de 2 milliards de chiffre d’affaires, présente dans 150 pays, 6500 personnes. En France 1500 personnes, 5 sites de production, 2 laboratoires de recherche et développement, 1 milliard de chiffre d’affaires dont 80% à l’exportation.

L’origine de l’entreprise est à Lyon avec la découverte, la production et la commercialisation du vaccin contre la fièvre aphteuse en 1947 par le fondateur de l’Institut Mérieux, Marcel Mérieux. La société va connaitre une nouvelle accélération en 1968 avec le vaccin contre la rage, et, après un rapprochement de l’Institut avec une autre société lyonnaise, Rhône-Poulenc, la naissance en 1983 de Rhône-Mérieux regroupant les activités animales des deux entreprises.

En 1997, avec le nom Merial on assistera à la création d’un 50/50 entre le groupe français et l’américain Merck , avec une installation du siège aux USA . L’entrée de l’ex Rhône-Poulenc dans Sanofi va conduire les nouveaux dirigeants à racheter la part de Merck dans Mérial pour en faire une société 100% Sanofi et à rapatrier le siège à Lyon, ce qui sera réalisé entre 2009 et 2011 avec le soutien du Maire de Lyon Gérard Collomb et celui du petit-fils du fondateur, Alain Mérieux. Cette histoire française, lyonnaise, paraissait exemplaire de l’excellence des techniques et des innovations de notre pays et on pouvait s’enorgueillir de 70 ans d’efforts de générations d’hommes et de femmes ayant réussi à bâtir une pépite utile pour le monde entier, que ce soit pour l’élevage animal ou les animaux de compagnie.

En Décembre 2015, juste avant Noel et la trêve des confiseurs, la nouvelle direction de Sanofi annonce un nouveau virage ! Merial va être cédé à Boehringer qui va, lui, rétrocéder un département de produits pharmaceutiques. L’échange est déséquilibré, Merial est estimé à 11,4 Milliards, les produits Boehringer à 6,7 Milliards, Sanofi va donc recevoir 4,7 Milliards ce qui va lui permettre …de racheter des actions et de soutenir le titre ! La Bourse ne s’y trompe pas et célèbre cette noble intention, comme tous les commentateurs… Génial !

Si l’aventure de Merial était un exemple jusqu’alors pour l’industrie française et donc pour sa jeunesse prompte à vouloir s’expatrier, ce dernier épisode risque d’être, lui, une illustration de la débandade industrielle française bien amorcée, n’en déplaise à la « corbeille » qui ne représente pas forcément l’intérêt national .

Tout d’abord cet échange déséquilibré est un camouflage d’une simple opération financière de dépouillage comme on en a connu dans un bon nombre de groupes français. La réalité c’est que l’on cède une pépite sans raisons impérieuses pour se faire de l’argent. Cette décision n’a aucune justification industrielle, elle intervient à un moment où les yeux de la population sont penchés sur le drame du Bataclan, ce qui permet l’indifférence du gouvernement, des hommes et femmes politiques de tous bords, et le silence des commentateurs. Bravo l’artiste !

Mais il y a bien plus grave, cette décision n’est pas seulement un péché contre le passé glorieux et réussi de générations de techniciens et commerçants nationaux , c’est un péché contre l’avenir d’un de nos points forts, l’élevage, et avec lui la santé animale et la santé tout court, la nôtre et celle des humains en général qui dépend de la qualité de l’alimentation avec celle des ruminants et volailles qui en sont le quotidien .

La conception d’un Sanofi qui repose sur les médicaments et donc uniquement sur la pharmacie humaine est une erreur historique incroyable. Nous avons changé de siècle, à côté des médicaments qui soignent nous devons élargir nos concepts vers la santé, c’est-à-dire tout ce qui peut concourir à la prévention, et la connaissance de la santé animale, les vaccins comme l’alimentation des animaux est un axe de développement obligatoire pour qui s’intéresse à la santé humaine. Je comprends Boehringer de sauter sur l’occasion, ils ont bien compris dans quel univers nous rentrons, et je ne peux que dire à mes successeurs à la tête de Sanofi qu’ils n’ont rien compris à ce que nous avons essayé de faire. Ils n’ont aucun respect pour ce qui a été bâti par leurs pères, mais surtout ils sont des hommes du passé et non de l’avenir.

One Comment on “Cession de Merial à Boehringer”

  1. La santé humaine et animale est effectivement un tout, mais quelle entreprise peut en couvrir toutes les facettes, du préventif au curatif? Pour ce qui concerne Merial, voir filer une telle pépite (après bien d’autres plus ou moins grosses dans tous domaines) n’est pas encourageant.

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