Brèves ce comptoir

Depuis la disparition de Jean Yanne et la retraite de Jean-Marie Gourio , l’auteur de « Brèves de comptoir »,  on avait fini par oublier la féérie de ces vérités populaires qui nous font du bien .

J’en prends une, pas tout à fait par hasard

-Tu vas voir le prix de l’essence y va monter

-Moi ça va rien changer, je prends toujours 100 francs d’essence !

Depuis que le franc a été remplacé par l’euro, on dit que 90% des bars et donc des comptoirs, ont disparu dans notre pays, mais heureusement on a la télé et on y a droit en direct tous les jours aux « brèves de comptoir », simplement l’ambiance a changé, c’est moins sympa…et on rit moins !

En ce qui concerne l’industrie , notre auteur Gourio arriverait à faire un livre par jour, et je m’en voudrais de prendre des citations en jetant l’opprobre sur tel ou telle, c’est la situation d’ensemble qui est devenue désespérante, et les mêmes formules sont répétées par toutes les bouches depuis les journalistes et les politiques jusqu’aux fameux « gilets jaunes » dont on découvre de nouveaux « porte-paroles » tous les jours.

Ainsi vous apprenez qu’Ascoval est « sauvée » , l’usine de Sainte-Saulve avec ses 281 salariés. Il faut un sens de l’humour incroyable pour utiliser le mot « sauvée » en oubliant que c’est celui qu’on a déjà utilisé par deux fois dans les dernières années, lorsque Vallourec a cédé 60% de la propriété à Ascométal, puis quand les repreneurs de cette dernière ont refusé l’usine de Sainte-Saulve et qu’ on leur a dit que Vallourec la reprenait . Non seulement ils sont « sauvés » , mais le projet est de réembaucher bientôt (peut-être même avant !) 140 nouveaux venus s’ajoutant aux 281 actuels. Le jeune groupe Altifort qui multiplie depuis quatre ans les acquisitions dans le secteur du métal avait un chiffre d’affaires de 65 Millions d’euro en 2017, avec 350 personnes, monté à 200 millions en 2018 avec 1500 personnes, leurs marchés sont l’aéronautique, l’automobile et le nucléaire et ils comptent investir 152 millions sur le site avec 47 millions d’argent public et 40 millions pour un train à fil qui va leur permettre d’intégrer à l’amont leur stratégie de matériels, et ainsi trouver de nouveaux marchés. Le premier mot qui vient à l’esprit est le mot « risqué » et pas le mot « sauvé ». Mais vous trouverez difficilement des explications sur  ce qu’est un train à fil , en particulier sur  la  nécessité de chauffer à 1100 degrés avec du Gaz bien sûr ! Je suppose aussi que cela va avec le maintien d’un soutien à l’industrie automobile (celle qui utilise des combustibles fossiles ) et de l’industrie nucléaire (celle dont il faut faire décroitre l’emprise).

Par ailleurs la politique industrielle du pays passe par l’usine Ford de Blanquefort, celle qui fait des boites de vitesse automatiques (pour voitures à énergie fossile !) et qui avait déjà été vendue. Ford avait été condamnée à la reprendre car elle n’avait pas contrôlé suffisamment la santé du repreneur . Ne voulant pas connaitre la même issue et considérant sans doute que notre pays est plutôt hostile aux énergies fossiles, Ford préfère fermer. Au comptoir on apprend que Ford va « perdre beaucoup en termes de réputation «. C’est encore un gag !

Au même comptoir, on apprend que l’Europe, après avoir célébré les bienfaits de la voiture électrique (avec la France qui a fait voter un bonus de plusieurs milliers d’euros pour chaque acheteur de véhicule électrique),va se lancer dans une « longue bataille mondiale des batteries ». J’entends le patron du bar

« Enfin , Marcel, tu rigoles, ils ne sont pas aussi fous , bien sur qu’ils en fabriquent déjà des batteries , sans cela ils n’engageraient pas l’argent des contribuables, notre argent, pour acheter les batteries chinoises »

« Je te dis que non, c’est tout chinois »

En fait dès le lendemain on connait le fin mot de l’histoire, c’est pour sauver le climat, et d’ailleurs pour la même raison les taxes sur les énergies fossiles augmentent …pour les possesseurs de voitures, pas pour les cargos ou les avions qui, eux, sont des bons élèves du climat.

« Tu te rends bien compte, Marcel, qu’il faut sauver la planète ! »

« Oui c’est sûr, d’ailleurs on nous demande de manger moins de viande parce que les vaches ont des gaz, enfin on fait des efforts, mais de là à subventionner les chinois, quand même, là ils y vont fort, en attendant d’avoir nos batteries à nous, j’aimerais mieux garder ma diesel ! b   «

Mais si on est gentil avec les chinois, on a compris qu’il fallait au moins  prendre l’argent des fameux Gafam , (Google, Apple, Facbook, Amazon) les géants de l’internet qui nous envahissent et ne paient pas de taxes…et au même comptoir on apprend que dès le mois prochain, ils vont passer à la casserole ! Enfin une bonne nouvelle, pas les cargos, pas les avions, pas les chinois, mais les Gafam, les américains oui ! Comment ? Par une taxe sur le chiffre d’affaires !

« Enfin, Marcel, tu dis des conneries, là , cela s’appelle la TVA, elle existe pour eux comme pour moi, mais taxer le chiffre d’affaires autrement, comment veux-tu faire …une nouvelle loi, mais tu te rends compte, déjà que sur les bénéfices c’est dur, mais maintenant ce serait sur le chiffre d’affaires »

« Seulement pour ces salauds, ne t’en fais pas pour toi ! Ecoute ta télé !

« Alors toi qui sait tout le SMIC on l’augmente bien de 100 euros , et c’est moi qui paie ou c’est pas moi ? «

« Pour ton employé, ça je ne sais pas, mais qui veux-tu qui paie si ce n’est pas nous tous ? »

« Hé bien tu sais moi j’ai peur de payer deux fois comme pour les éoliennes, sur ma note d’électricité et ensuite en prenant mon carburant . »

« Sur le SMIC personne n’y comprend rien»

« Cela n’est pas fait pour me rassurer «

Je pense qu’il est grand temps que les talk-shows de nos programmes télé reprennent le problème qui hante tous les beaux esprits, « qui de la poule ou de l’œuf est arrivé le premier ? « Gourio » avait fini par conclure que « bien sur c’est Dieu qui a commencé, et qu’il avait fait la poule d’abord »

Quand les discours politiques ne sont plus que des « brèves de comptoirs » retrouvons-nous tous au bistros …si dans notre environnement on a encore la chance d’en avoir conservé un. Heureusement il nous restera les ronds-points.

Mon livre « il ne faut pas se tromper « est disponible et vous en dira plus …

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