Quels dégâts quand on se trompe de stratégie ! l’exemple Alstom

Depuis début 2014 où est annoncée la cession du département énergie d’Alstom soit 70% de l’entreprise à General Electric j’ai essayé de convaincre de la nécessité de ne pas prendre cette orientation. Pour faire passer la pilule de la disparition d’un fleuron du pays sous contrôle américain, tout a été fait pour le camouflage. Mais fin 2015 les masques tombent, 6000 emplois en moins, dont 765 en France, les américains aux commandes dans tous les départements de l’entreprise, le départ du dirigeant des « réseaux « ou département « grids », et début 2016 la démission de la responsable française de General Electric qui avait donné de la voix pour expliquer le nationalisme français de l’entreprise américaine …


Cerise sur le gâteau, alors que l’entreprise restante dans les transports porte des participations dans des co-entreprises avec General Electric, son nouveau Président déclare dès sa nomination que ces co-entreprises vont disparaître à la date prévue en 2018 au bénéfice de General Electric ! On s’en doutait un peu, mais le dire si vite et sans que personne ne réagisse montre bien le désintérêt complet des politiques, des syndicats, et des commentateurs à l’égard de l’industrie française. 


Si l’on ajoute à cela que l’entreprise Alstom a été déstabilisée dès 1989 par l’aveuglement de ses dirigeants à vouloir acheter les turbines à gaz de grande puissance à ABB, à vouloir ensuite les mettre au point alors que leur coopérant précédent, General Electric, était le leader mondial incontesté, et que pour accepter la transaction Alstom GE, la commission européenne a exigé la vente de ces mêmes turbines à gaz à Ansaldo, société italienne rachetée récemment par les Chinois, on a une pleine mesure des dégâts que peut causer une mauvaise stratégie poursuivie pendant des années.


Qui est responsable de cette débâcle? L’incompétence de la plupart des décideurs, c’est à dire la méconnaissance des métiers véritables de l’entreprise, des compétences accumulées ne demandant qu’à servir et un manque de vision de l’avenir assis sur une arrogance désastreuse.
Si l’on n’est pas capables de réfléchir sur les décisions prises, sur leurs causes, sur leurs conséquences, et si on refuse d’en tirer des enseignements, c’est tout le secteur de l’énergie français qui est, à terme, condamné.


Il y a dans le domaine énergétique français des savoir-faire merveilleux, des hommes et des femmes extraordinaires, certains sont encore, pour un temps, dans les fameuses co-entreprises trop rapidement jetées aux oubliettes, nous avons, collectivement, mis au point des matériels de renommée mondiale où nous étions en pointe techniquement comme les turbines hydrauliques ou les turbo-alternateurs nucléaires (Arabelle). Avons-nous vraiment déjà cédé toute la propriété industrielle? Avons-nous encore notre mot à dire? Si le nouveau dirigeant d’Alstom n’est pas intéressé, est-ce qu’une autre entreprise française pourrait reprendre le flambeau et être un véritable partenaire exigeant à l’égard de General Electric? 


Quant à l’Alstom restant, celui du ferroviaire, croit-il pouvoir survivre longtemps avec ce seul département dans un domaine qualifié depuis vingt ans par ses dirigeants comme cyclique et nécessitant donc un adossement à une entreprise plus solide et diversifiée?
Permettez moi de dire que , puisque l’on n’a pas voulu regarder en face la réalité en 2014, qu’on a élaboré une stratégie de camouflage , la débâcle a suivi .


Si l’on continue avec les mêmes erreurs, incompétence et déni de réalité, manque de vision, tout le reste suivra. Ayons au moins le courage aujourd’hui de remettre de l’ordre dans ce qui avait été présenté comme solution géniale : les co-entreprises .

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