Encore le diesel

J’ai reçu un courrier abondant concernant mon dernier article sur le moteur diesel. Cela prouve que l’on ne peut pas changer de politique aussi facilement, la population a été incitée pendant des années à acheter un véhicule diesel, elle ne va pas modifier totalement  son comportement après quelques mesures plus ou moins répressives, des cris d’orfraie, et des expertises discutables.

Si l’essentiel des commentaires reçus sont favorables à mes propos, il est clair que c’est surtout  parce que les acheteurs d’automobiles utilisant le moteur diesel ne se satisfont pas du rattrapage décidé du prix à la pompe entre l’essence et le gazole. C’est donc le sentiment que l’on utilise un subterfuge pour augmenter l’impôt qui les exaspère.

Un petit nombre de personnes, dans la lignée de mes contradicteurs « le diesel tue « soulignent mon irresponsabilité à l’égard des conséquences de la pollution de l’air et des particules fines de la civilisation urbaine. Ainsi on me ressort les 48 000 morts que la plupart des auteurs des mesures coercitives citent abondamment.

Un rapport récent de l’OMS sur les 7 millions de morts par an dans le monde dus à la pollution de l’air a permis à certains de s’insurger une nouvelle fois contre le moteur diesel. Là je pense vraiment que c’est une mauvaise lecture du rapport qui frise l’obsession. Que ce soient des médecins et des scientifiques qui se prêtent à ce jeu me navre.

La pollution de l’air est un problème mondial, elle provoque des maladies respiratoires qui peuvent aller jusqu’à des morts prématurées, c’est un fait. L’OMS chiffre les morts et se risque ensuite à donner des pourcentages des causes, tout ceci est scientifiquement très discutable, mais l’imperfection de l’instrument de mesure ne conduit pas forcément à rejeter les conclusions, en particulier la tendance à la baisse ou à la hausse. L’OMS estime qu’il y a hausse, et on serait porté à accepter cette tendance.

Viennent ensuite les causes et l’OMS explique que les décès imputables à la pollution de l’air intérieur ont régressé tandis que ceux provoqués par l’air extérieur ont fortement progressé. L’air intérieur c’est celui que respirent les familles qui font la cuisine au charbon et au bois sur des âtres domestiques et qui utilisent les mêmes produits pour leur chauffage. C’est une priorité mondiale que de faire régresser cette pratique qui conduit effectivement à des millions de malades et de morts. Les remèdes sont connus, le gaz en bouteilles pour la cuisine et les centrales charbon modernes pour électrifier les territoires des pays en développement. Accessoirement cela permet aussi une diminution énorme du CO2 rejeté dans l’atmosphère. L’observation de l’OMS sur les morts ne me parait pas suffisante, dans les pays que je connais il y a une forte augmentation des maladies respiratoires, et , comme le dit le Directeur Général de l’OMS ce sont les plus pauvres et les plus marginalisés qui paient le plus lourd tribut. Les efforts de la Chine et de l’Inde vont dans ce sens, ce qui ne veut pas dire que la consommation de charbon va être en baisse, mais seulement la consommation de  charbon individuel, c’est-à-dire la cause essentielle des maladies respiratoires et de l’émission de CO2. « il est inacceptable que plus de 3 milliards de personnes-la plupart des femmes et des enfants-continuent à respirer des fumées mortelles tous les jours en utilisant des poêles et des combustibles polluants dans leurs maisons «. Tel est un des défis de l’humanité.

Ensuite on en vient à l’air extérieur et l’on constate que dans l’échantillon des villes retenu, malgré les efforts, la situation ne s’améliore pas et que le nombre de morts augmente. Ces chiffres sont cependant à prendre avec prudence car ils agrègent des réalités très différentes et surtout ils ne prennent que très peu en compte le continent africain, seulement cinq pays sur cinquante-cinq ! Néanmoins l’avertissement est parfaitement en phase avec les observations des voyageurs dans les différentes conurbations mondiales, entre le chauffage, la fourniture d’électricité, les foyers domestiques et la mobilité des personnes, l’air est souvent irrespirable et les personnes fragiles sont rapidement indisposées voire malades. C’est alors que l’on incrimine rapidement les particules fines et ensuite le moteur diesel. L’OMS ne résiste pas à ce travers médiatique et félicite les villes de Mexico et Paris pour l’amorce de leur lutte contre le moteur diesel.

Désigner un bouc émissaire ne conduit pas à régler les problèmes. Si l’on considère que ce sont les particules fines qui sont les causes essentielles des maladies et des morts, encore faut-il en déterminer les sources et cela doit se faire ville par ville, il n’y en a pas deux pareilles ! Les agglomérations du tiers monde envahies par des centaines de milliers de motos et mobylettes au point de ne pas pouvoir accepter dans les rues d’autres véhicules sont polluées par des moteurs classiques, et, comme je l’ai montré si on se donne comme priorité de faire baisser les oxydes d’azote et les particules fines des moteurs diesel, on y arrive. L’utilisation d’un véhicule individuel en ville dépend de la politique de mobilité que la collectivité a conçue, j’engage mes contradicteurs à aller en Chine, en Inde et en Afrique pour vérifier.

Enfin dans les solutions qui sont retenues pour faire baisser la pollution urbaine, il est nécessaire de faire le bilan global de l’énergie consommée et des émissions de polluants correspondantes, tout en sachant que le cap mondial retenu est celui de la baisse du C02 .

Deux expériences devraient être étudiées avec un peu plus d’insistance

La Suisse, petit pays très attaché à la qualité de vie, la priorité retenue a été le transport collectif, par rail, au détriment de la route. La collectivité nationale a plébiscité le train et, comme je n’arrête pas de l’expliquer depuis mon passage à la Présidence de la SNCF (1995-1996), c’est l’offre qui finit par créer la demande …sous réserve que les prix soient modérés. Il y a certes beaucoup d’éléments qui concourent à la qualité de l’air en Suisse, mais cet effort accepté par la population des contribuables  en faveur du train mérite d’être médité.

La Chine, grand pays surpeuplé aux conurbations gigantesques, est malade de la pollution de l’air induite par sa démographie et son recours aux énergies fossiles. Sa forme originale de démocratie lui a permis d’ordonner et de contraindre, elle construit plus de la moitié des centrales nucléaires au monde, elle a réalisé des barrages énormes pour domestiquer son hydroélectricité, elle investit dans le solaire, elle lutte contre l’utilisation individuelle du charbon, elle réalise des prouesses dans les diminutions des émissions des centrales charbon…et elle a lancé un  programme industriel d’ensemble de véhicules électriques. Mais, pour elle, il ne s’agit pas de dépolluer les villes pour polluer les campagnes, il s’agit de suivre tous les composants du début jusqu’à la fin en y incluant le recyclage des batteries et de leurs matériaux. Il n’y a donc pas comme à Paris ou à Mexico d’incantations mais une préparation méticuleuse d’une nouvelle politique de mobilité dans les grandes agglomérations avec des véhicules individuels ou collectifs répondant aux critères d’indépendance nationale et de progrès global au niveau du pays des émissions de polluants et de CO2.

A chacun sa solution, à chacun sa politique territoriale et à chacun ses solutions de mobilité, chaque collectivité doit fixer des objectifs et en apprécier le cout, elle peut en matière énergétique éliminer une source, fixer des contraintes mais jeter l’anathème sur un choix technique ne me semble pas judicieux.

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