Automobile à moteur diesel, suis-je coupable de vouloir la conserver ?

J’ai une automobile à moteur diesel suis-je coupable de vouloir la conserver ?

Beaucoup de français ont été dirigés vers l’achat d’une voiture diesel, la consommation est inférieure à celle de même puissance à essence, et le litre était moins cher, un petit avantage fiscal décidé par l’Etat. Soudain sous les coups de boutoir de l’OMS, Organisation Mondiale de la Santé, de la presse alertée par le « dieselgate » de Volkswagen, des Ministres de l’Environnement Duflot et Batho et, enfin par la Maire de Paris, chaque possesseur de véhicule diesel s’est senti mal à l’aise et les commerçants de l’industrie automobile les engagent à changer de véhicule pour retrouver la fierté de rouler ! Lors de mes réunions à travers la France et surtout en Bretagne , les questions fusent sur le diesel, comme sur les éoliennes : » suis-je coupable de participer à la mort prématurée de milliers de mes contemporains comme cela a été écrit, et dit à la télévision ».

Il faut dire que les commentaires n’y sont pas allés de main morte, pour la France 44 000 morts prématurées à cause du diesel, cela peut faire réfléchir !

D’où sortent ces chiffres ? De nulle part ! Les maladies respiratoires font de l’ordre de 70 000 morts prématurées par an, dont l’essentiel est attribué au tabac. Par comparaison le cancer du sein fait lui de l’ordre de 10 000 morts.

Que s’est -il donc passé pour arriver à cette absurdité communiquée partout pendant des mois et conduisant les constructeurs automobiles à baisser la tête, sans essayer de discuter plus avant ? Si l’on rassemble tout ce qui nous est arrivé depuis 5 à 10 ans, on peut dire qu’une certaine écologie a gagné une bataille politique incontestable dont le diesel est une des facettes mais qui concerne les énergies renouvelables, le nucléaire, l’aéroport de Notre dame des Landes, la nourriture bio, le « vegan », le véhicule électrique… L’opinion de l’homme de la rue a été conditionnée par le matraquage incessant qui conduit aujourd’hui à estimer, par exemple, que notre avenir va être de rouler dans des véhicules électriques entrainés par des éoliennes et des piles solaires tandis que les agriculteurs vont devenir tous des fournisseurs de produits bio grâce à l’éradication de tous les pesticides et herbicides qui nous empoisonnent.

L’idée directrice est le changement climatique du au gaz carbonique et dont le responsable est l’énergie fossile, charbon, pétrole et gaz. Mais cela ne suffit pas car il faut également éliminer pour d’autres raisons le nucléaire qui, lui, est décarboné : une campagne sur les déchets et sur les dangers suffit. Mais le diesel bien réglé pollue moins que l’essence, alors on invente les morts et l’on s’appuie sur un avis de l’OMS qui classe le diesel comme cancérigène probable…Une campagne incroyable mobilise tous les efforts sur les particules fines dont le diesel serait l’émetteur, particules fines à l’origine de décès et des cancers. On aurait pu imaginer une révolte de la communauté scientifique, technique et industrielle, elles ont fourni des rapports très clairs infirmant cette position, à la diffusion restreinte,  mais le rouleau compresseur de la peur et des affirmations a été trop fort et tout le monde s’est couché.

Reprenons un peu de hauteur, il n’y a pas de morts prématurées à cause du diesel, il n’y a aucune preuve que le diesel ait une influence sur le cancer de quiconque, l’OMS demande , à juste titre, que l’on diminue la pollution des agglomérations , cheminées d’usines, moyens de transport, chauffage domestique au bois ou au charbon, moteurs à essence et moteurs diesel. Les constructeurs automobiles ont effectué des travaux sur les filtres pour améliorer les performances du diesel, elles sont désormais comparables à celles du moteur à essence, mais le diesel conserve son avantage de consommation de 20 à 25 % par rapport à l’essence et envoie donc moins de CO2 dans l’atmosphère.

Le problème revient donc à savoir si nous voulons réduire encore plus les émissions des véhicules dans les villes et si nous voulons donner une priorité au véhicule électrique.

Dans les agglomérations asiatiques la pollution et la densité sont telles, la circulation est devenue d’une telle lenteur à cause des encombrements  que les émissions sont catastrophiques, la Chine en a tiré la première les conséquences en favorisant clairement le remplacement des véhicules. Mais il s’agit là d’un bilan localisé, c’est-à-dire que l’on déplace la pollution vers l’extérieur des villes puisque pour le moment la majorité de l’électricité du pays  est produite par des centrales à charbon , ce qui est vrai de l’ensemble des pays voisins. On ne s’attaque donc pas aux émissions carbonées de la planète, mais aux pollutions urbaines qui rendent la vie des citoyens impossible.

Lorsque l’on nous promet dans les métropoles françaises le même sort, il s’agit bien de chasser la pollution et non de décarboner la planète puisque la France produisant pour  75% de l’électricité nucléaire, les voitures électriques sont d’abord nucléaires, un peu hydrauliques, et marginalement éoliennes ou solaires (quelques pour cents les bons jours ). La généralisation du véhicule électrique dans les plus denses des agglomérations ralentit clairement la pollution des villes et peut être un objectif collectif assumé par la population, soit de façon autoritaire (en Chine) soit de façon plus démocratique. Mais le remplacement pour les campagnes de la voiture diesel par le véhicule électrique n’a rien d’évident. Si l’on prend le bilan carbone, il faut prendre en considération l’ensemble de la filière et pour un pays « nucléaire » ou « hydraulique » cela doit pouvoir passer beaucoup mieux que pour un pays qui doit mêler fossiles et nouvelles énergies. J’ai ainsi développé récemment le cas de la Norvège dont l’hydro-électricité justifie la politique. Pour la France vouloir à la fois pousser le véhicule électrique et réduire le nucléaire est absurde au regard de l’objectif bas carbone.

Le véhicule hybride qui permet le fonctionnement en ville sur l’électrique est une amélioration de la qualité de l’air dans les agglomérations, mais sur les routes la consommation est « fossile » et est encore 20 à 25% au-dessus du diesel.

La sortie hors de la ville du véhicule électrique est possible, à autonomie réduite et à recharge plus ou moins rapide, une généralisation des recharges rapides le long des grandes routes poserait , en cas de généralisation, des problèmes de réseaux…on s’apercevrait vite qu’il faut construire des centrales nouvelles pour y arriver et cela ferait l’affaire du gaz plus prompt à pouvoir satisfaire les utilisateurs.

On peut comprendre la perplexité des industriels devant le rouleau compresseur médiatique qui voudrait une transformation rapide de son appareil productif, ils sont persuadés que l’avenir n’est pas aussi clair que ce qui s’écrit de façon très irresponsable. Ils ont devant eux des investissements colossaux, des salariés nombreux, directs et en sous-traitance, et une cohabitation future de toutes les sortes de véhicules dans des proportions inconnues. Déjà le consommateur commence à s’éloigner du véhicule diesel et la fiscalité favorable décline, quelques sous -traitants débauchent, mais ils savent que la France et ses consommateurs ne se résument pas à Paris et que la vérité scientifique n’est pas celle qui est colportée. Ils s’avancent donc prudemment vers la coexistence en scrutant l’attitude des acheteurs. En plus des véhicules hybrides des voitures à hydrogène commencent à voir le jour .

Pendant le même temps personne ne soit se sentir coupable de faire un choix entre les possibles, tout dépend de l’endroit où l’on habite, des trajets envisagés, et du mode de vie souhaité. Je me réjouis tous les jours de vivre dans un pays où chacun a encore le droit de choisir ! Les ayatollahs existent chez nous comme ailleurs, leur utilisation de la science et de ses résultats est contestable puisque devant servir d’abord leur idéologie, mais on peut espérer que nous reviendrons bientôt à une meilleure compréhension de ce qu’est la démarche scientifique et de ce qu’est un résultat expérimental. Il faudra encore  du temps pour que les commentateurs et les politiciens apprennent ou réapprennent à distinguer entre leurs émotions et l’état actuel de nos connaissances, mais on a tort de se résigner au succès des idéologies  comme on l’a fait depuis une vingtaine d’années.

3 Comments on “Automobile à moteur diesel, suis-je coupable de vouloir la conserver ?”

  1. Bonjour
    Réflexion posée et argumentée que la votre.
    Nous rêvons tous d’une planète qui soit le moins possible polluée, las, la réalité est tout autre, ce qui n’empêche nullement de fixer des objectifs mais, ceux-ci doivent se définir dans le temps long. La commission européenne a du reste défini que les véhicules essence émettent autant de particules fines que ceux diesel, une requête google permettra de retrouver le texte. Ici une piste : http://www.lemonde.fr/automobile/article/2016/10/26/pollution-apres-le-diesel-les-moteurs-a-essence-au-c-ur-d-une-nouvelle-bataille-europeenne_5020540_1654940.html
    Les moteurs diesel tournent nettement moins vite que ceux essence, la différence en RPM est de l’ordre de 30% voire 40% inférieure en faveur du diesel. Ceci induit, comme vous le dites, une consommation moindre et de facto de moindres rejets nocifs, ce d’autant que les moteurs diesels dernières générations sont particulièrement efficaces en termes de filtration des particules. Mais ce n’est pas tout ! la durée de vie d’un moteur diesel est plus du double de celle d’un moteur essence, sur ce point, seules les très grosses cylindrées essences peuvent rivaliser avec le diesel. Le phénomène est facile à comprendre puisque les éléments en rotation qui composent les moteurs essence ou diesel sont les mêmes et qu’étant donné qu’un moteur diesel tourne moins vite (plusieurs milliers de tours minute : RPM), l’usure d’un moteur diesel est donc indubitablement moindre.
    Autre aspect, eu égard à ce qui précède, la durée de vie supérieure d’un moteur diesel limite d’autant plus l’impact sur la nature par un besoin moindre en matières premières. Par ailleurs, le délai de conservation d’un véhicule est un élément qui n’est jamais pris en compte dans les calculs d’impacts carbone. Tout au contraire, l’état a décidé de culpabiliser ceux qui, souvent contrains financièrement de conserver leur véhicule le plus longtemps possible, en les accusant de pollueurs tout en les incitants à l’achat de véhicules neufs.
    Il y a un point que les écologistes en peau de lapin feignent d’ignorer, celui concernant la production électrique nécessaire à un parc automobile roulant avec cette énergie. Comme vous le dites, le parc nucléaire français permet de limiter drastiquement les rejets carbones, mieux encore, pour substituer une seule centrale nucléaire, c’est souvent 4 centrales à énergies fossiles qu’il faut mettre en route ! Nonobstant les problèmes liés à la dépendance inhérente à des pays producteurs de ces énergies, le problème est de plus déplacé en périphérie, mais in fine, comme l’a démontré Guilluy, la France périphérique n’intéresse plus ni les politiques ni les écologistes.
    Un autre point, et non des moindres, avec les véhicules électriques, ce sont leurs batteries. Elles utilisent des matériaux rares qui ont un impact terrible sur les quelques pays desquels ils sont extraits. de plus, à l’instar des énergies fossiles, ces matériaux ne sont pas inépuisables et très difficilement recyclables.
    Concernant les 42 000 morts qui seraient imputables aux véhicules diesel, non seulement rien n’est prouvé mais, en ramenant ce nombre (certes inacceptable car un seul mort est toujours à déplorer) à l’échelle d’un pays, le pourcentage est très faible. Soit pour la France : moins de 0.07% seraient imputables aux diesels. Lorsqu’on considère l’apport incontestable des véhicules en termes de progrès et qualité de vie des citoyens, cela permet de relativiser ce nombre.
    Combien de morts imputables aux fait que, en France, près de 13 millions de personnes ne se chauffent plus ou très mal ? Combien de morts imputables aux maladies dont on sait qu’une mauvaise dentition en est souvent l’origine (problèmes cardiaques notamment) ? Combien de morts imputables à la malbouffe car la plupart n’ont pas d’autres choix que de s’alimenter avec des produits bas de gamme, ayant pour conséquences : diabètes, problèmes cardiaques, obésité, etc… A cet égard, L’INSEE vient de publier une étude qui ne laisse aucune place au doute sur l’espérance de vie selon que l’on soit riche ou misérable, elle est de l’ordre de 13 années inférieurs pour les plus défavorisés.
    Chaque jour qui passe on découvre que certains, belles âmes iconiques, à l’instar de Nicolas Hulot, possèdent des parcs automobiles conséquents, parcourent la planète dans tous les sens à bord d’aéronefs, résident dans des villas de plusieurs centaines de m2, ce que d’aucun ne leur reprocherait si ce n’est que M. Hulot, pour ne parler que de lui, serait fort inspirer de se taire et de mettre en pratique pour lui même ce qu’il entend imposer aux autres, tous les autres sauf lui. Mais peut être est-il un être supérieur ?
    L’abus de réflexion ne nuit pas, et en plus ça n’émet pas de carbone.
    Merci pour votre article : vu sur Atlantico.

  2. Bonjour,
    Je n’entrerai pas dans le débat dans le comparatif bilan carbone total en fin de vie entre un véhicule à énergie fossile et un véhicule électrique, rien de ce que l’on nous dit ne donne gagnant le véhicule électrique, c’est de la discussion de spécialistes, élites dont je ne fais pas partie, je suis obliger de croire, mais tout de même, mon bon sens paysan m’interpelle : Quand je règle le plein de mon véhicule en carburant, hors coût du brut, raffinage, transport, marge du distributeur, la plus grande partie du montant ma note va directement dans la poche de l’état: Taxe TICPE et TVA, quand je règle ma facture d’électricité, hors coût production, transport et diverses taxes qui ne tombent pas dans la poche de l’état, il ne reste que pour lui la TVA, je me pose la question au kilomètre parcouru, une voiture électrique rapporte (c’est comme cela qu’il faut le voir) t-elle autant qu’un véhicule à énergie fossile. Ne risque t-on pas à court terme, voir venir fleurir une vignette automobile électrique si la manne provenant de la taxation du carburant fossile vient à se tarir. L’électricité sera soit nucléaire, soit solaire ou éolien, ce sera alors difficile de nous faire gober une taxe carbone pour notre bien être, et plus, si gros consommateur d’électricité chacun installe des panneaux photovoltaïques ne va-t-on pas faire péter tout le système. Ma réflexion de paysan est elle donc nulle que je n’arrive en trouver écho nulle part.
    Merci pour votre article : Lu sur Atlantico.

  3. @SACCO
    Je ne suis pas plus spécialiste que vous ne l’êtes mais il est très facile de dire que les véhicules électriques ne sont pas plus écologiques que d’autres, tout au contraire.
    Votre réflexion de « paysan », comme vous la qualifiez vous même, est celle du bon sens. L’état (terme qui englobe toutes les administrations, y compris locales (après tout une Mairie c’est une entité administrative qui vie avec nos impôts…) montre aucun signe de changement dans sa politique fiscale, se verra ainsi contraint de taxer les véhicules électriques car le manque à gagner serait insupportable pour lui, si les véhicules à énergies fossiles disparaissaient. Faisons confiance à nos très chers (surtout onéreux) élus pour trouver comment le faire. C’est même un sujet, les impôts et taxes, à propos duquel la France peut s’enorgueillir de posséder les plus illustres spécialistes en la matière.
    Le dommageable c’est que, comme veut le souligner cet article, la transition énergétique tout le monde est pour, ce sont les moyens pour y arriver qui en garantissent à eux seuls l’échec, ce d’autant que le seul ressort est celui de la culpabilisation, ce qui ne fonctionne jamais, l’histoire nous a au moins enseigné ça.

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