Energies Fossiles : pour qui sonne le glas ?

Des convictions profondes peuvent entrainer des expressions un peu osées chez nos politiques, mais l’enthousiasme de la pensée écologique politique conduit fréquemment à un lyrisme dévastateur. Ainsi la loi qui permet à la France de « bannir » immédiatement l’exploration d’hydrocarbures sonne-t-elle « le glas » des énergies fossiles !

Comme je n’arrête pas de l’écrire et de le dire, nous n’avons pas les mêmes lunettes ou nous ne vivons pas sur la même planète. Nous allons vivre encore de nombreuses années avec l’exploration et la production d’énergies fossiles, j’ai déjà parlé du charbon, avec en particulier la centrale « écologique » de Cordemais je vais poursuivre avec le pétrole et le gaz.

La mode actuelle qui consiste à dire que l’énergie électrique consommée en France provient des énergies renouvelables est un mensonge, elle est par contre majoritairement décarbonée puisque majoritairement nucléaire et les centrales thermiques restant en France font essentiellement la « pointe » c’est-à-dire se mettent à fonctionner quand il n’y a plus ni vent ni soleil, mais néanmoins demande. L’énergie électrique est « secondaire » c’est-à-dire issue d’autres sources « primaires » nucléaire, hydraulique, hydrocarbures, éolien, solaire, géothermie…Le concept de « propreté électrique » vient de son utilisation sans rejets carbonés, mais sa génération peut être « sale » ou même très sale, simplement les difficultés sont ailleurs que dans la zone d’utilisation. La compétition des hydrocarbures n’est donc pas avec l’énergie électrique mais avec les autres sources d’énergie primaire que je viens de citer.

Autre réalité celle de l’utilisation des hydrocarbures, le pétrole est raffiné dans des installations imposantes qui conduisent à un grand nombre de produits dont 15% environ pour l’industrie des matériaux, les « plastiques » et quelques pour cents pour le bitume de nos routes à travers le monde. En oubliant son influence énergétique, c’est donc un produit indispensable à notre économie et notre industrie. L’autre hydrocarbure, le gaz naturel, est considéré comme un substitut idéal au charbon émettant deux fois moins de CO2 et autres rejets si bien que des villes le préconisent pour leurs flottes de véhicules collectifs le « GNV » ou Gaz Naturel de Ville. Mais les utilisations des dérivés du pétrole sont essentiels aujourd’hui pour le transport et la mobilité des biens et des personnes, avions et bateaux d’abord où les substituts sont loin d’être évidents, et enfin camions, cars et voitures individuelles où la question aujourd’hui est l’autonomie de la substitution par l’électrique et la logistique associée. Ce qui est vrai de nos pays développés l’est encore plus pour les pays émergents, il n’y a pas de réelle alternative universelle aux hydrocarbones pour les transports.

Que l’on soit bien clair , si pour augmenter l’électrique on a recours au charbon ou aux hydrocarbures, il vaut mieux continuer à utiliser les bons vieux moteurs thermiques, les rendements globaux sont meilleurs et donc les rejets moindres. On a vu que l’arrêt des centrales nucléaires en Allemagne avait conduit à une augmentation de la consommation à partir des centrales lignite et charbon ! Prudence, donc ! Il faut avoir une vue globale et non parisienne ou berlinoise !

Techniquement la transformation de notre société, la « révolution sociétale » dont rêvent nos idéologues, se heurte à deux problèmes concrets en dehors des difficultés inhérentes à toute révolution avec les tranches d’âge les plus élevées.

Le premier est le manque de progrès depuis quarante ans dans le domaine du stockage de l’énergie électrique. Les batteries Lithium -Ion ont le vent en poupe, Monsieur Musk veut en inonder le monde entier, mais avant de s’engager dans cette voie « unanime » on pourrait réfléchir un peu à l’économie que cela sous-tend et à la dépendance que cela implique pour le monde à l’égard des mines de lithium et de cobalt. Beaucoup de scientifiques tirent la sonnette d’alarme, mais ne sont

guère entendus, ainsi va la science aujourd’hui, on écoute ce qui fait plaisir. Les énergies éoliennes et solaires sont intermittentes, il faut trouver un moyen économique de stockage, il y a la possibilité de monter l’eau dans les barrages , cela s’appelle le STEP, on parle de l’électrolyse de l’eau pour obtenir de l’hydrogène, mais l’hydrogène le moins cher reste celui des raffineries de pétrole, bref ce n’est pas si simple.

Le deuxième problème est celui de la globalité de la chaine énergies nouvelles-stockage-restitution énergétique. Les rendements ne sont pas bons aujourd’hui, mais les pollutions sont importantes surtout dans la fabrication des batteries et la logistique associée. C’est là-dessus que planchent les constructeurs automobiles qui sont prêts à tout pour satisfaire les clients, mais ne veulent pas avoir un choc en retour.

Le lyrisme ne me choque pas, il m’est arrivé de faire aussi de grandes envolées et je ne le regrette pas, mais croire un seul instant que le monde entier a les yeux fixés sur nous parce que nous avons interdit l’exploration des hydrocarbures est un peu risible, essayons plutôt de voir ce qui est possible et comment peut s’effectuer la transition dans nos grandes agglomérations polluées( y compris pour Paris) devenues invivables. Je comprends que le vélo soit une alternative, mais pas universelle, il reste aussi la marche à pied et la compétition piéton/vélo/trottinette fait rage désormais sur les trottoirs tandis que la pollution ne diminue pas ! Ne restons pas toujours dans l’idéologie et la posture, imprégnons-nous des réalités de notre temps. Les hydrocarbures vont rester pendant des dizaines d’années dans le monde des sources d’énergie primaire, augmentons les rendements, diminuons les rejets, encourageons les progrès dans le stockage, et essayons de concevoir une société qui respecte et ne lance pas des anathèmes ! Les pétroliers, les gaziers, les chimistes ne sont pas devenus des criminels qu’il faut évacuer d’urgence. Depuis des années les économistes véhiculent une notion, celle de taux de retour énergétique (TRE) qui indique combien il faut dépenser d’énergie pour en obtenir de disponible, on sait que les énergies renouvelables ont un faible TRE d’autant qu’elles sont intermittentes.

Je n’aime pas la formulation suivante : »d’ici à 2040 quelques milliers d’emplois seront concernés (par le glas des hydrocarbures) alors que plusieurs centaines de milliers d’emplois seront créés avec la rénovation des bâtiments et le développement des énergies renouvelables «. Je pense que l’auteur de ces lignes a ignoré le nombre d’emplois de la pétrochimie et de la chimie…il faut refaire un peu de technique, tout cela vient des raffineries… de pétrole, et par ailleurs il n’y a pas lieu de mépriser les spécialistes d’une discipline industrielle particulière !

J’espère, moi, que c’est le glas des idéologies et des postures sur l’énergie qui va résonner dans le monde nouveau qui va, au contraire célébrer le mix énergétique pour que chacun puisse s’y retrouver , pas d’anathèmes inutiles !

2 Comments on “Energies Fossiles : pour qui sonne le glas ?”

  1. L’ONU, par l’intermédiaire du GIEC/ IPPC et des conférences internationales, a depuis longtemps décidé politiquement et idéologiquement que la production d’hydrocarbures était à l’origine de tous nos maux. Les scientifiques et les industriels ne sont plus consultés que quand cela va dans leur sens. Et le grand public, abusé par les médias, suit béatement.
    Les températures mondiales sont élevées actuellement, mais elles sont sur un palier depuis 1996, soit plus de 20 ans, bien loin de suivre les « prévisions » du GIEC. Cela est-il dû aux émanations d’origine anthropique de gaz à effet de serre (qui eux sont bien loin de suivre un palier) ou à des causes naturelles?
    La loi visant à arrêter l’exploration et la production d’hydrocarbures en France est scientifiquement et écologiquement (importer des hydrocarbures consomme plus d’hydrocarbures que d’en produire sur notre sol) inepte. De même, les énergies renouvelables nécessitent, en raison de leur intermittence, l’emploi de plus d’hydrocarbures que les énergies hydrauliques ou nucléaires. L’emploi généralisé de batteries au lithium sur les voitures va causer de graves problèmes de pénurie de lithium et de cobalt, et de traitement de déchets; sans compter que si dans le même temps on arrête des centrales nucléaires comment va-t-on recharger toutes ces batteries?
    Le grand public est-il conscient des dégâts coûteux que vont causer les plans de notre ministre de l’écologie? Y a-t-il d’ailleurs un plan énergie? Les experts ont-t-ils été consultés? Un bateleur d’émission télé à succès est-t-il le mieux placé pour concevoir et mettre en place un programme énergétique pour la France pour les décennies à venir?

  2. Loïk, vous citez le stockage des excédents d’électricité produits par les énergies capricieuses (vous me permettrez d’utiliser ce terme à la place d’intermittentes). Mais ces excédents n’existent que parce qu’il y a une production nucléaire qui assure la base. Quand nous aurons arrêté 17 réacteurs, sans investir dans 17 gigawatts de capacité pilotable pour compenser cette fermeture, on ne parlera plus d’excédents. La totalité de la production des capacités capricieuses sera absorbée par la demande, et il y a toutes les chances qu’il en manque… Il est vain de raisonner sur la façon de stocker d’éventuels excédents (STEP, hydrogène, batteries, etc.) quand il est clair qu’il n’y aura pas d’excédents.

    L’île d’El Hierro, aux Canaries, a expérimenté un dispositif (éolien + stockage sous forme d’électricité hydraulique, STEP), mais le bilan a montré que ce système n’a réduit que de 42% environ le recours au bon vieux gasoil (du démarrage en juin 2015 à septembre 2017). La STEP (station de transfert d’énergie par pompage) a été sous-dimensionnée d’un coefficient 20 par rapport à ce qui aurait été nécessaire pour éliminer totalement le gasoil. Il serait bon de tirer les enseignements des expérimentations en cours.

    Enfin, GNV est le gaz naturel pour véhicules.

    Philippe LABAT

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