Haro sur le carbone !

Après 150 ans où beaucoup de géopolitique s’explique par les stratégies pétrolières, il est de plus en plus difficile de parler de l’avenir des hydrocarbures sans se faire agresser verbalement ! On associe désormais sans l’ombre d’une hésitation le pétrole et le charbon, quelquefois le gaz, au mal absolu qui va faire disparaitre la planète, tandis que les énergies renouvelables sont « propres » et doivent fournir au monde entier l’énergie électrique « propre » qui va nous sauver de tous les périls.

Hier Jean-Laurent Bonnafé Directeur Général de BNP Paribas annonçait des mesures anti-carbone pour « accélérer la transition énergétique «, le lendemain pour préparer la fin des automobiles à essence en France en 2040, la Mairie de Paris se donnait une date limite de 2030 pour éliminer ces véhicules de notre capitale ! De posture en posture, on s’oriente vers un monde de beaucoup de contraintes, d’interdictions, d’anathèmes à partir d’une généralisation de concepts » d’énergies propres renouvelables » et de « neutralité carbone » qu’il semble impossible de discuter.

Il y a un premier débat qui est celui de la pollution des villes où les hydrocarbures jouent un grand rôle, comme celui des encombrements. Le problème est compliqué par l’existence de juridictions différentes, centre et périphérie. La solution est de bâtir des alternatives plus pratiques que l’automobile individuelle et commencer par tout ce qui est services publics comme le font aujourd’hui les Chinois. On a vu la levée de boucliers lorsque l’on a voulu interdire l’utilisation du bois dans les cheminées à Paris, cela devrait nous servir de leçon, notre démocratie n’aime pas que l’on montre du doigt les « méchants » et que l’on dise que les « gentils » sont les adeptes du vélo, chacun son mode de vie. Comme l’avait dit le Président Pompidou en son temps « il ne faut pas emmerder les Français «. Mais dire aujourd’hui que la voiture électrique à Paris est la priorité qui permet de résoudre les problèmes de pollution de l’agglomération parisienne c’est de la communication, rien d’autre. Il faut régler les problèmes de déplacement des gens, jeunes ou vieux, pauvres ou riches, malades ou bien portants, parisiens ou banlieusards, résidents ou visiteurs… Par contre, comme je l’ai écrit récemment il y a encore un grand nombre de questions sans réponses , émissions du véhicule électrique, bilan de la production et du recyclage des batteries, quelles batteries, disponibilité des matières premières rares, disponibilité des recharges, temps et puissances à installer et origine de l’électricité…Nous sommes en période d’apprentissage d’une nouvelle ère dans les déplacements urbains, les solutions seront locales et non universelles et elles conduiront à des cohabitations, des tentatives, des succès, des échecs, personne ne connait ce que les « clients « vont choisir finalement car nous sommes en démocratie et non dans un univers soviétique !

Le deuxième débat est celui de la planète et de ce que certains appellent le « réchauffement climatique « qui incrimine l’action des hommes. Contrairement à ce que propage à longueur de temps les politiques français, la communauté scientifique n’est pas unanime, ni sur le diagnostic, ni sur les remèdes, mais dès que j’ai le malheur de le dire je reçois des insultes, par conséquent je me replie et dis « c’est notre faute, c’est notre très grande faute » comme tout le monde : être économe, efficace cela va dans le bon sens, et l’accélération souhaitée est une bonne chose. Mais accélérer dans le tunnel ne me va pas, j’ai envie de savoir si pour atteindre l’objectif on prend les bonnes mesures. Pour cela il faudrait démontrer que la population mondiale doit abandonner au plus tôt les hydrocarbures et se plonger dans le nirvana des énergies nouvelles. C’est ce que pensent certains de nos écologistes qui me considèrent comme dangereux parce que je dis qu’il va y avoir coexistence, cohabitation de toutes les formes d’énergie selon les localités, les régions, les pays et les situations individuelles ou collectives. Le bilan global conduisant à décréter « propre » ou « sale » n’est pas universel, et les promoteurs des anathèmes ne dédaignent pas de prendre l’avion, de rouler sur des routes bitumées et de boire de l’eau minérale dans des bouteilles plastique…La « neutralité carbone » est une notion difficile à quantifier, production, exploitation, maintenance… ?

Le sketch de Coluche portait sur les marques de lessive « qu’est-ce qu’il y a plus blanc que blanc ? », on pourrait dire « qu’est ce qui est plus propre que propre ? ». En matière énergétique c’est aussi compliqué que pour les lessives et s’engager dans des critères comme : » les entreprises qui continuent à développer des approches traditionnelles d’exploration et de production de pétrole et de gaz de schiste et de pétrole issu des sables bitumineux pour plus de 30% de leur activité … » tient du funambulisme. Chacun peut effectivement  se singulariser avec sa règle interne « plus propre que propre », mais la réalité est ailleurs. Nous allons continuer à avoir besoin pour notre activité des énergies fossiles, comment les contraindre aux économies, à la fin des gaspillages, à la rigueur dans l’exploration et la production à travers le monde entier. Peut-on accélérer les programmes de recherche du « piégeage du CO2 », d’utilisation du CO2 produit par les centrales électriques, peut-on diminuer de façon drastique les émissions ? En d’autres termes sommes-nous arrivés à l’optimum de « propreté » avec les hydrocarbures, et peut-on fixer des règles pour améliorer les choses ? Les bilans « carbone » ne sont bons nulle part, ils sont plus ou moins mauvais et plus ou moins perfectibles, et cela changera dans les années à venir avec les efforts de recherche entrepris. On ne peut donc pas jeter des anathèmes ou dire à X % ça va, à Y % c’est affreux, ce qui importe c’est comment on arrive à l’objectif que les pays se sont fixés, diminuer le carbone émis. On ne sait pas si on sera en meilleure santé, plus heureux, si on aura moins chaud, ou pas, mais globalement on aura une première réponse expérimentale concernant la portée des actions humaines sur les dérèglements climatiques.  En tant que  scientifique je considère que cela vaut le coup d’essayer, mais faisons-le correctement sans posture et sans parisianisme, on parle bien de la planète et non pas du boulevard périphérique.

Posons-nous les bonnes questions avant de répondre dans tous les sens . Si nous considérons le problème comme sérieux, essayons d’y répondre avec sérieux et rigueur , plus blanc que blanc qu’est-ce que c’est ?

One Comment on “Haro sur le carbone !”

  1. Tristement et cruellement vrai. Mais on est maintenant dans l’état où était le monde lorsque Galilée affirmait que c’était la terre qui tournait autour du soleil, et non l’inverse.

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