La saison des anathèmes

Lorsque Georges Pompidou fait campagne pour l’élection Présidentielle en 1969, on rappelle certes qu’il a été Banquier pendant 4 années chez Rothschild, mais ce n’est pas un argument de campagne fort de ses concurrents ! On connait le résultat du 15 Juin 1969, il est élu avec 58, 21% des suffrages exprimés face au Président du Sénat, Président par intérim, Alain Poher. La gauche a disparu depuis le premier tour avec le communiste Jacques Duclos (21,27%) et l’effondrement des socialistes Gaston Deferre (5,01%) et Michel Rocard (3,61%).

On se souvient que Jacques Duclos ne veut pas choisir entre les deux candidats-« Bonnet Blanc et Blanc Bonnet », ce qui profite, on le sait alors au futur Président de la République qui avait une avance confortable au premier tour !

C’était à la fois l’héritier du Général de Gaulle qui était élu, mais aussi quelqu’un qui l’avait quitté et qui contestait ses dernières décisions qui accédait ainsi au pouvoir suprême. Aucun des concurrents d’alors n’a tiré argument majeur de son passage par la banque, et la loi du 3 Janvier 1973 qui a conduit à ne plus endetter l’Etat à taux zéro à la Banque de France, mais qui a introduit la Banque Privée dans son endettement n’a pas donné lieu non plus à une levée de boucliers jetant l’anathème sur la profession de banquier !

En tant que Chef d’Entreprise, j’ai toujours souffert de la frilosité des banques, et au sein des entreprises que j’ai dirigées j’ai nommé des Directeurs Financiers qui contestaient régulièrement mes audaces et les risques que je voulais prendre. Les uns et les autres ont souvent freiné mon enthousiasme, mais ils faisaient leur travail, moi le mien.

Depuis cette campagne Présidentielle je sens des anathèmes permanents sur des professions, bien sur celle d’industriel et de Chef d’Entreprise, ce qui m’exaspère et même pire ! Que l’on pointe du doigt un comportement de tel ou tel, je le fais moi-même, cela ne me pose aucun problème, mais que l’on jette l’opprobre sur toute une profession dévouée au succès de leur industrie, et par là au développement de notre pays est totalement insupportable. Les industriels sont parfaitement conscients, en général, que leur personnel est leur principale richesse et qu’il faut que leurs agents soient épanouis au travail et que leurs carrières soient enrichissantes. Ils ont intérêt à fidéliser les meilleurs éléments et ceux qui réussissent le font ! Transformer systématiquement les « patrons » en méchants est stupide, que des candidats à la Présidence de la République le fassent est odieux, que certains abordent la campagne des législatives avec ces anathèmes est horrible.

Mais désormais cela va plus loin, être « un homme du pétrole » est devenu honteux, avoir un emploi dans l’énergie nucléaire peut conduire à une mise à l’index, il y a donc des professions devenues « tabou » comme autrefois dans certaines tribus éloignées tous ceux qui étaient professionnels du feu, comme les forgerons dont il ne fallait pas trop s’approcher !

Par quelle régression intellectuelle des gens issus de la culture, de l’éducation françaises peuvent-ils retrouver l’esprit des cavernes et jeter ainsi des anathèmes sans que personne n’y trouve à redire ! Jusqu’au point où certains des amis du nouveau Président de la République, défendant sa personne, en viennent à tenter de minimiser la partie de sa vie professionnelle consacrée à la banque ! Comment la question a pu lui être posée, de quel droit ? Et faut-il y répondre autrement que par le fait qu’il est important d’avoir exercé une profession et que celle-là en vaut une autre ! Ce qui apparait criant dans notre vie démocratique c’est que les professionnels de la politique, ceux qui y sont depuis quarante ans et qui n’ont jamais eu une profession, ont du mal à comprendre le peuple, et, en particulier le monde économique dont ils ignorent tout en baignant dans les ors de la République. On vient de le vivre et c’est un des éléments de la colère des électeurs. En conséquence, me semble-t-il, il serait bon de mettre en relief la disponibilité pour défendre le bien commun d’un travail effectué par nos édiles, et j’espère bien qu’il soit clair pour tous qu’aucune profession ne puisse être exclue ! Chef d’Entreprise, Industriel, Ingénieur pétrolier ou nucléaire, banquier ne sont pas des gros mots, il n’est pas admissible  de devoir cacher ce sur quoi on est compétent et le travail que l’on a réalisé ! Bien au contraire, ces professions sont indispensables au pays et les gens qui les ont exercées ou qui les exercent en sont fiers. Arrêtons avec les anathèmes d’un autre âge et essayons plutôt d’éviter le naufrage final trop fréquent des professionnels de la politique.

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