Les hydrocarbures : il ne faut pas se tromper !

Depuis que la France s’est convertie aux énergies renouvelables, c’est-à-dire depuis que c’est un gros mot de parler de charbon, d’hydrocarbures liquides ou de gaz, on essaie de nous démontrer que le monde va être plus propre et que la France, comme d’habitude, va être pionnière et montrer l’exemple : il est vrai que l’on nous a rabattu les oreilles sur la loi de transition énergétique que le monde entier nous envie !

Je reconnais que beaucoup d’entre nous ont baissé les bras et acceptent désormais la « doxa », assommés par toutes les démonstrations, les reportages et les postures. « A quoi bon prêcher dans le désert, la messe est dite ! » me dit-on, et pourtant je n’arrive pas à me résigner, je suis heurté profondément par l’insistance à l’erreur de tout ce qui touche au domaine que je connais.

En 1993, alors que j’étais encore PDG d’Elf-Aquitaine j’ai contesté l’idée que nous allions manquer de pétrole assez rapidement dans le monde. J’ai proposé un théorème que j’ai, abusivement, appelé par mon nom « Les réserves augmentent avec le prix « ! Simple, plus les prix de vente augmentent et plus on va chercher loin et profond et plus on trouve… Il n’y a donc pas un manque physique de pétrole en perspective, il y aura un prix prohibitif, un jour, comparé aux autres formes d’énergie. La pénurie que nos catastrophistes aiment tant n’arrivera pas.

Mais il y a une autre réalité que j’avais également exposée à cette période, c’est que la science et la technique n’ont pas de limites prévisibles, par conséquent les prix d’un produit ou d’une action baissent à mesure que nous estimons que l’objectif est de les faire baisser. Donc une action d’exploration et de production qui a, au départ, un certain cout, peut voir, au cours du temps les sommes demandées diminuer de manière brutale grâce à l’avancée des technologies. En conséquence lorsqu’il est dit que telle entreprise humaine est trop chère et n’a pas d’avenir, on se trompe car si elle est indispensable on va en faire baisser le cout. Ce que l’on ne peut pas changer, ce sont les principes de la thermo dynamique, conservation de l’énergie et entropie qui pèsent sur les rendements des transformations d’une forme d’énergie à une autre.

En vertu de ces théorèmes et de ces principes, les hydrocarbures ont encore un bel avenir devant eux, il ne faut pas se tromper. On va utiliser pendant des dizaines d’années encore le charbon, le pétrole et le gaz, car les hydrocarbures sont une des formes d’énergie les plus abondantes et les moins chères.

Devant la pression des climatologues, et, supposons qu’ils ont raison, (pari de Pascal), on essaie de limiter pour chaque habitant de la planète les émissions de gaz à effet de serre. L’espoir de ces climatologues il y a vingt ans était qu’on soit en pénurie d’hydrocarbures et que, par conséquent, la vertu décarbonée  arrive toute seule ! Nous savons désormais qu’il n’en est rien, et que c’est à l’organisation mondiale des sociétés de s’en occuper ! L’ONU s’est donc attelée à la tâche avec un succès médiatique mais rien de plus. Tout ce qui est économique en énergies renouvelables est en train de se réaliser, les villes invivables à cause de la pollution en Chine et en Inde ferment leurs centrales à charbon , les iles venteuses s’équipent d’éoliennes, les pays tropicaux lorgnent vers le solaire…mais toutes les tentatives d’économie artificielle, c’est-à-dire de pénalisation de la déviance hydrocarbonée au profit de la vertu renouvelable n’a qu’un temps, celui de la richesse, et dès que la nécessité financière l’exige on revient aux solutions réellement économiques. Nos riches sociétés occidentales vont progresser vers la limitation des émissions carbonées, à coups de taxes et de subventions, jusqu’au moment où il apparaitra qu’on ne peut, décidément, aller plus loin dans la déséconomie. On peut dire que nous n’en sommes plus très loin dans certains pays européens. L’introduction du numérique et des régulations individuelles des consommations, les circuits courts de production/consommation vont certainement déplacer encore un peu le curseur vers le renouvelable, mais la nécessité d’éviter un blocage due à une pénurie de vent ou de soleil tempérera la montée en puissance de l’économie artificielle.

 Finalement tout cela est arrivé parce que certains « experts » ont bourré la tête des élus et des électeurs sur la raréfaction des hydrocarbures et la nécessité de trouver des substituts ! Maintenant tout le monde s’accorde sur l’éloignement de la date de pénurie, mais on continue à colporter des sornettes sur le prix du pétrole et son évolution, et ceci, encore une fois à propos des quantités disponibles et des perspectives de couts. Il ne faut pas se tromper encore une fois !

Lorsque le prix du baril est monté vers les 100 dollars, les pays producteurs de pétrole se sont frottés les mains car le pactole était énorme. Cela a eu deux conséquences, une recherche des substituts et donc une poussée des énergies nouvelles, et surtout une avancée technique de ce que l’on appelle pétroles et gaz non conventionnels, connus dans la presse comme gaz de schiste obtenus grâce à l’utilisation de la fracturation hydraulique. Les pays producteurs, devant les ravages des alternatives, ont fini par faire baisser le prix du pétrole en agissant sur une augmentation de la production. Mais cette action était trop tardive, le mal était fait, les USA étaient redevenus autosuffisants en pétrole et gaz à des prix encore élevés, mais le progrès scientifique allait vite permettre de baisser les couts des productions non conventionnelles. Nous y sommes désormais, contrairement à ce qui est dit par les « experts » autoproclamés. Le pétrole dit de schiste commence à être rentable à 35 dollars le baril et on ira encore bien plus bas dans les cinq prochaines années. Le numérique est passé par là et permet de limiter le nombre de puits à forer. Ce qui était le principal obstacle pour faire baisser les couts est en train de disparaitre. Diviser par deux les prix du non conventionnel n’est pas inatteignable.

Cette nouvelle offre des perspectives énormes à des pays qui possèdent des sous-sols analogues à celui des USA et qui pourraient en 2 ans se trouver producteurs de pétrole non conventionnel ! Cette donnée est ignorée par les « experts », mais, encore une fois, il ne faut pas se tromper, la révolution numérique a conduit à une révolution dans le domaine des hydrocarbures aussi !

La baisse de la production de pétrole annoncée en Novembre dernier par les pays de l’Opep et célébrée par la presse et les analystes financiers était de l’ordre de 2% de la production mondiale. Qui a dit en même temps que ces 2% étaient l’ordre de grandeur de la production non calculée, c’est-à-dire de la production secrète ou grise. Ce type d’annonce a de l’influence sur la communauté financière, mais les pétroliers savent que ce n’est pas avec 2% que l’on change la face des choses. Ils savent aussi qu’à ce niveau de 50 dollars  le baril on peut accélérer aux USA et dans le monde entier la production économique de pétrole non conventionnel. Certes il y a eu réduction drastique des investissements dans l’exploration et la production de pétrole ces deux dernières années, moins 44%, mais une partie de cette baisse est due aux progrès techniques et à l’introduction du numérique dans la connaissance du sous-sol pendant la période d’exploration puis de production. Il ne faut pas se tromper de diagnostic.

 

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