Les hydroliennes :il ne faut pas se tromper

Les énergies marines ont fait les beaux de l’actualité jusqu’à laisser imaginer que dans un temps très court la Bretagne allait trouver là son autonomie énergétique. J’ai indiqué très tôt qu’il fallait faire attention car nous n’étions pas encore au niveau de maturité espéré aussi bien d’un point de vue scientifique que technique et industriel. Cela n’a pas empêché, et c’est une bonne chose, les expérimentations sur les hydroliennes, je me suis réjoui, en particulier du projet DCNS-EDF à Paimpol -Bréhat et de l’installation Sabella à Ouessant. D’autres projets existent, comme celui de Guinard Energies dans le golfe du Morbihan et on peut espérer que l’on ira au bout des essais.

Les initiatives ne manquent pas sur le reste des énergies marines, et je lis avec beaucoup d’intérêt tout ce qui peut se dire et se faire sur ce sujet. Mais il faut dire et redire, en particulier aux politiques et aux commentateurs de l’actualité qu’il y a un temps pour la recherche et un temps pour l’industrie, ce domaine n’est pas encore optimisé, c’est-à-dire que l’on ne sait pas encore si les instruments évoqués seront ou non des ébauches de ceux qui seront vraiment « économiques ». L’industrie de l’énergie est une compétition sur les prix, on peut tordre l’économie sur les prototypes, on ne peut pas le faire très longtemps sur la généralisation industrielle. On sait dès maintenant que les éoliennes en mer prévues dans les officines françaises ne seront pas compétitives en termes de prix, c’est un risque qui a été assumé par les gouvernants français, mais ils ont oublié d’en prévenir les contribuables français ! Il ne faut pas se tromper si l’on veut progresser dans les autres énergies marines.

Après avoir lancé de manière tonitruante le programme Alstom d’hydrolienne (Océade 1,4 MW) , avoir certifié que l’acheteur d’Alstom-Energie, General Electric, allait poursuivre ce programme  qui devait installer avec Engie le Raz Blanchard dans le Cotentin , on sait que le géant américain veut dès maintenant « jeter l’éponge » ! Diagnostic : pas mur même pour une expérimentation !

Pendant le même temps les hydroliennes DCNS expérimentées à Bréhat ont été sorties de l’eau, problèmes de corrosion, problèmes de rendement et de raccordement au réseau électrique ! Normal, nous en sommes à la phase de prototype. On annonce, de nouveau, et de manière tonitruante le marché mondial ouvert « le marché des Energies Marines Renouvelables est en train de se structurer et est au seuil du décollage «. Très bien, si vous le dites ! Mais la réalité c’est qu’il existe encore des incertitudes majeures quant à l’outil qu’il faudra retenir et que tout le monde scientifique, technique et industriel sait que personne n’est encore vraiment prêt pour dire que nous sommes arrivés à un point d’optimisation en termes de rendement (ne pas oublier les principes de la thermodynamique), en termes de corrosion (il y a du sel dans la mer, les marins le savent, eux !) en termes de taille de la turbine et de positionnement, et en termes de raccordement au réseau existant (niveau d’intermittence) sans parler des problèmes d’industrialisation. Après la première immersion et les premiers essais, il y a tout un travail à exécuter où le numérique peut aider à franchir rapidement les étapes, mais avant de penser à industrialiser et conquérir une part du marché mondial, il y a un chemin considérable à effectuer. Nous ne sommes pas encore surs que c’est cette machine ou une dérivée qui soit la bonne, ouvrons des perspectives, expérimentons, mais arrêtons de dire que les problèmes sont résolus ce qui génère chez nos concitoyens l’impression qu’ils peuvent dès maintenant disposer d’une énergie bretonne gratuite. Nous n’en sommes pas là !

Pour arriver au bout du chemin nous allons dépenser beaucoup d’argent, subir beaucoup d’échecs qui nous apprendront beaucoup de choses, on n’a pas construit les Airbus en quelques années, il a fallu du temps, les nouvelles technologies nous aident à aller plus vite, mais il existe aussi des lois de la physique et elles s’imposent à nous.

Il ne faut pas se tromper, il y aura surement un jour des hydroliennes pour nourrir nos réseaux électriques. Lesquelles seront sélectionnées par le marché, on ne le sait pas encore. Il faut poursuivre les recherches et les développements, mais on ne peut pas bruler les étapes. Après avoir démontré que la technique marche, il faudra évaluer le prix de l’électricité produite et le comparer avec celui des alternatives. On sait déjà qu’avec les éoliennes en mer actuelles on se retrouve à six fois le prix de la concurrence, qu’en sera-t-il des hydroliennes ?

Je comprends l’enthousiasme des techniciens pour les Energies Marines Renouvelables (EMR), mais je souhaiterais que l’on arrête de penser qu’une politique de communication permet de résoudre les problèmes scientifiques, techniques et industriels. On y arrivera, mais nous n’y sommes pas encore.

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