La réindustrialisation du pays commence par l’arrêt de la désindustrialisation !

Tandis que les débats s’enlisent autour de postures notre appareil industriel s’interroge tous les jours sur son sort.  Quand les pilotes industriels existent, les bonnes nouvelles arrivent aussi avec de la confiance dans un grand nombre de secteurs d’activité, on en parle peu, et finalement cela vaut mieux !

Mais des sujets qui nécessitent une vision et une action coordonnée restent en plan, et l’on se borne à observer les bras ballants la décomposition de nos savoir-faire et de leurs structures.

J’ai parlé des Chantiers de l’Atlantique, et l’on ne peut pas dire que c’est un dossier nouveau ! Un outil exceptionnel en Europe a d’abord été cédé pour « sauver Alstom » en 2008 aux Norvégiens d’Aker qui l’ont vite rétrocédé à des Coréens STX. La société coréenne est en difficulté depuis Cinq ans (un quinquennat finalement !) et le redressement de la partie française a donc été opérée par des français sans aide coréenne. Tout le monde s’est mobilisé autour du chef d’entreprise et finalement les commandes de paquebots de croisière sont arrivées et la presse et les politiques ont poussé des « cocoricos », chacun se faisant photographier devant les merveilles marines. Personne n’ignorait, bien sûr, le problème des Chantiers, mais la mode étant à l’autosatisfaction on évoquait en même temps la commande historique de sous-marins par l’Australie (à partir de la DCNS). La France était redevenue une grande nation maritime ! Les cinq années étant révolues, la justice coréenne s’invite et constate que le dossier de reprise dans ses cartons est celui de l’entreprise italienne Ficantieri. Quelle surprise pour nos dirigeants et leurs commentateurs ! Mais c’est Noel et donc c’est l’époque des vœux, il vaut donc mieux débattre sur le sexe des anges et les émissions « politiques » ignorent superbement le dossier naval. Normal c’est de l’intendance.

Soyons clairs, les Chantiers ont été cédés par Alstom pour presque rien, les commentaires de l’époque évoquaient une sorte de « mistigri » dont il fallait se débarrasser dans n’importe quelles conditions. S’ils valent quelque chose aujourd’hui ( pas des sommes folles car la rentabilité est médiocre), c’est grâce aux efforts des patrons, ingénieurs et techniciens de Saint-Nazaire. Le futur des Chantiers c’est à eux, en priorité, d’en décider et c’est aux pouvoirs publics de se pencher sur les solutions qu’ils envisagent pour les aider à les réaliser. Les Chantiers sont notre propriété collective, ils ne se sont redressés ni grâce aux Coréens, ni grâce aux Italiens et la France a un  droit de veto sur la solution et a eu cinq années, cinq années, pour s’y préparer !

Bien sûr j’ai mon idée sur ce qui pourrait être fait, les solutions existent, mais les principaux acteurs sont prioritaires dans l’exposé de leur vision du futur. Je donne simplement une orientation, une entreprise qui a été abandonnée par son actionnaire principal pendant cinq ans et qui a réussi à prospérer n’a pas forcément besoin d’actionnaire principal mais, comme toute entreprise elle a besoin d’actionnaires tout court.

Autre sujet d’actualité brulante et sujet ignoré pendant un quinquennat…encore, celui de la Compagnie Générale de Géophysique ou CGG. L’effondrement des prix des produits pétroliers et l’attaque en règle contre les hydrocarbures a conduit à la disette dans ce que l’on appelle le para pétrolier, c’est-à-dire la sous-traitance des compagnies de production de pétrole. Comme, en plus, les gouvernants français n’ont pas arrêté de dire tout le mal qu’ils pensaient des sociétés pétrolières et ont condamné toute recherche pétrolière dans l’hexagone, la CGG a souffert encore plus que toutes les autres entreprises et a dû diviser par deux son effectif et se séparer d’une grande partie de sa flotte de bateaux. Les efforts effectués par les scientifiques en France et aux USA par les grands professionnels de la CGG sont impressionnants, ils ont retrouvé des créneaux porteurs, certes autour du pétrole maudit, mais parfaitement célébrés à travers le monde. Les dirigeants qui souhaiteraient pouvoir préparer l’avenir en faisant des petites acquisitions complémentaires dans leur chaine d’activités passent leur temps à s’occuper de leur dette et de son financement. Mais cette société est, encore une fois, un trésor de notre pays, nous y soutenons une compétence en Géophysique de plus d’un siècle, nous avons irrigué le monde entier avec nos scientifiques spécialistes du sous-sol, nous avons mêlé ces derniers temps les visionnaires du sous-sol avec les électroniciens et informaticiens de Thalès, la CGG doit trouver un nouvel essor dans un monde en pleine transformation où la société a fait les efforts scientifiques et techniques pour préparer l’avenir. Encore une fois, les bras ballants on observe les mouches dans le bocal !

Les solutions existent, il suffit désormais de les vouloir, de constater que pétrole et gaz vont continuer à exister à côté des autres sources d’énergie, et je ne pense pas que la nomination au poste de Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères aux USA du PDG d’Exxon annonce un retrait définitif de la recherche et de l’exploitation des hydrocarbures dans le monde ! Réveillons-nous, regardons le monde et oublions un peu notre nombril. La connaissance du sous-sol et en particulier du sous-sol des mers représentera toujours un objectif pour l’humanité. Nous avons avec la CGG parmi les meilleurs spécialistes du globe. Protégeons-les et permettons-leur de prospérer après la cure d’amaigrissement qu’ils ont été à même d’opérer.

Pour les Chantiers de l’Atlantique et la CGG, on a eu cinq ans pour se préparer, il reste quatre mois pour mettre en place ce qui a été préparé, on l’espère, arrêtons les vœux, agissons car la réindustrialisation du pays passe d’abord par l’arrêt de la débandade.

2 Comments on “La réindustrialisation du pays commence par l’arrêt de la désindustrialisation !”

  1. Voilà que le candidat Valls évoque un plan de relance industriel, constatant que l’abaissement du coût du travail dans les industries de main d’oeuvre ne suffit pas pour créer suffisamment d’ emplois.Montebourg lui ne parle que de relocalisation et surtout de PME alors que nos PME sont avant tout des sous traitants non des innovants comme en Allemagne.Hamon,c’est le silence sur l’industrie.Nous voilà 15 ans en arrière pas de vision,manque de connaissances des réalités et fuite dans le numérique qui ne crée pas forcément de la valeur ajoutée.Chantiers Navals,Para Pétrolier certes.Et l’imagerie médicale ,les techniques hospitalières,les transports,la filière de l’hydrogène liquide pour l’énergie,c’est peut être mieux que le « digital »,véritable taylorisme des temps modernes avec des emplois de services(derrière des écrans) faiblement rémunérés et à faible valeur ajoutée.Du « blabla »,en fait….

  2. je m’applique à regarder en priorité les entreprises que l’on laisse filer à l’étranger ou dans l’ornière, c’est la raison qui fait que je parle des Chantiers de l’Atlantique, de la CGG, comme j’ai parlé de l’Alstom, de Rhodia, des ciments Lafarge pour ce qui est déjà fait et de Sanofi, de Mérial pour ce qui se défait devant nos yeux. Je voudrais ouvrir les yeux de nos responsables et de leurs commentateurs ou communicants. Il est clair que les techniques médicales, les transports en général, et tous les autres secteurs pourraient faire l’objet d’autres articles, mais j’essaie de me concentrer sur ce qui m’apparait le plus critique aujourd’hui dans cet « entre deux » où on ne fait plus rien et pendant lequel on n’a plus aucun débat sur les réalités, sur effectivement ce que va être l’industrie de demain, on cherche vainement une idée chez quelqu’un quelque part ce qui n’empêche pas les uns et les autres de parler…du sexe des anges.

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