La réindustrialisation de la France : le poids du contexte

Les commentaires sur la politique économique à mener pour permettre la réindustrialisation du pays comparent les mesures à prendre avec celles qui ont illustré des périodes antérieures. Cette aptitude à toujours ignorer le contexte dans lequel nous nous trouvons et à ne pas entreprendre le diagnostic de notre réalité conduit à nous bercer d’illusions. Nous ne sommes plus à l’époque où un monarque fut-il républicain pouvait décider de l’orientation de notre industrie et offrir les subsides permettant son développement. Ce qui est possible pour les décisions de grandes infrastructures ne l’est plus pour notre appareil de production. Le contexte a changé et c’est parce que nous avons du mal à l’admettre que notre pays souffre autant aujourd’hui.

Cette difficulté à accepter les changements opérés imprègne les cerveaux bien au-delà de la sphère industrielle, nous la retrouvons dans tous les secteurs de la vie collective, comme si nous avions un gout prononcé pour la nostalgie en oubliant tous les malheurs antérieurs. Le rappel d’un roman national n’est certes pas inutile s’il permet de retrouver une cohésion pour engager l’avenir, mais cela ne doit pas se faire au détriment d’une analyse sereine de ce qui a changé depuis que les anciennes recettes ont été décidées et de leurs résultats. Nous ne pourrons pas effacer ce qui est arrivé ces dernières années et les solutions à nos problèmes actuels doivent être inventées, le contexte a profondément évolué.

La première donnée est celle de la mondialisation. Malgré nos réticences notre industrie a connu une évolution considérable, certains composants étant désormais produits à des prix imbattables à qualité standard par des pays nouveaux. Le commerce international n’est donc plus l’échange entre produits bruts contre produits manufacturés, mais entre produits manufacturés. Le niveau technologique des uns et des autres n’est plus un critère déterminant, la compétition est féroce et mondiale. La protection dont nous avons bénéficié pendant des décades n’existe plus, pour maintenir une production industrielle nous devons être soit meilleurs, soit au même prix. Comme nous voulons maintenir notre niveau de vie supérieur à celui de nos homologues nous devons être meilleurs, et pour y arriver nous devons faire des efforts. En supposant que la majorité de nos concitoyens en soit consciente, le problème revient à nous assurer que ces efforts soient efficaces. Vouloir lutter contre la mondialisation est illusoire, mais l’accepter sans modifier de façon profonde nos pratiques antérieures conduit inexorablement au déclin, nous avons perdu chaque année une part de notre production industrielle.

La deuxième donnée est celle du progrès scientifique et technique qui a amené de nouvelles technologies qui ont transformé notre vie mais aussi notre façon de concevoir et de faire de l’industrie. Nous sentons bien tous cette évolution rapide qui rend obsolètes des instruments récents de notre vie quotidienne, mais les changements sont bien les plus importants qu’a opéré l’humanité en si peu de temps. Plus rien ne nous étonne désormais, on nous prédit rapidement des voitures autonomes, des voitures volantes, des robots agricoles, des armées de drones…nous n’avons plus besoin de lire de la science-fiction, nous commençons à la vivre !

Quand on met ensemble ces deux données on ne peut que constater que les décisions prises dans le passé ne sont pas pertinentes pour assurer à notre industrie un avenir riant mais que le désordre actuel des initiatives prises par les acteurs publics, Etat, Régions, Agglomérations, ne prennent pas en compte le contexte actuel de l’industrie. On a bien l’idée qu’il faut bouger, mais on ne sait pas comment, on veut tout à la fois préserver, protéger, innover, réaliser les transferts de technologie et l’on imagine que des fonctionnaires et des financiers talentueux vont permettre de monter les dossiers du futur en effectuant les sélections fructueuses. On n’a jamais vu autant de beaux esprits au chevet de nos résultats de recherche, de nos laboratoires, de détecteurs de découvertes à « business angels », et si peu d’analyses sur la physionomie de ce que pourrait être notre appareil industriel dans une dizaine d’années, ce qui est pourtant l’essentiel. Les actions entreprises avec l’argent public nécessitent la constitution de dossiers toujours plus épais, de réunions de plus en plus longues, de commentaires de plus en plus enthousiastes, tandis que le bon sens et certains fondamentaux de la science, de la technique et de l’industrie ont déserté. Il arrive qu’il faille rappeler alors que des décisions ont déjà été prises et pour des sommes élevées qu’il y a des principes de la thermodynamique et des règles dans les écoulements des fluides, pour ne prendre que des exemples récents concernant les énergies renouvelables. Agitation et communication ne suffisent pas à préparer l’avenir et ce n’est pas une politique mais son absence qui est ainsi révélée.

C’est la vie industrielle qui sélectionne les bonnes idées et les bons acteurs, le contexte actuel c’est que nous avons vu évoluer la relation homme/machine, on peut appeler cela une révolution, que la transformation industrielle va être majeure ces prochaines années et que nous devons être encore « dans le coup » en utilisant tous nos atouts, grandes entreprises, ETI, PME, scientifiques, techniciens… Pour cela, comme nous ne sommes pas capables de sélectionner rationnellement ce qui va « marcher », nous devons construire un contexte favorable à la transformation industrielle de notre pays

Selon ses difficultés propres chacun possède ici ses solutions miracles, insistant sur le code du travail, sur les charges, sur les impôts, sur la politique des achats…il n’y a rien d’inexact dans la litanie des freins à notre réindustrialisation, mais il faut aller à l’essentiel si nous voulons vraiment changer les choses. L’urgence industrielle doit d’abord être admise et comprise par tous, et les conséquences doivent en être tirées dans tous les actes de la vie courante. Force est de constater que ce n’est pas le cas aujourd’hui, la bureaucratie n’a jamais été aussi forte dans tout ce qui entoure la démarche industrielle, il y a une créativité incroyable pour empêcher les producteurs de se développer au prétexte qu’il faut les soutenir ! Si l’on a réussi à redresser l’image de l’industrie et des industriels chez tous les français, en particulier les fonctionnaires et les banquiers, alors il faudra résoudre le problème du financement de la transformation industrielle, à savoir comment favoriser l’industrie pour attirer l’épargne de tous vers elle. Depuis trente ans au moins nous refusons de traiter cette question fondamentale et nous nous réfugions dans le financement public ou la commande publique dès que nous rencontrons un problème de souveraineté. Cette propension à vouloir ignorer que nos souffrances viennent de notre déclin industriel parce que notre épargne est captée par le secteur immobilier est consternante. Ce n’est pas en allant chercher les fonds de pension américains ou les fonds souverains des monarchies du Golfe que nous allons redresser le pays , c’est avec un sursaut de tous nos territoires avec une rencontre de nos savoir-faire et des technologies nouvelles financée par notre épargne.

2 Comments on “La réindustrialisation de la France : le poids du contexte”

  1. 100% d’accord pour assurer le financement de notre industrie en redirigeant l’épargne des particuliers- à ce jour captée par l’immobilier- mais comment sensibiliser les ministères (industrie & commerce, finances) , le patronat, les banques et les médias afin qu’ils supportent des messages concrets de sensibilisation patriotiques qui contribuent au redressement de nos industries et à la création d’emplois?

  2. ma réponse est de faire confiance aux responsables régionaux des banques mutuelles, crédit agricole, banques populaires…en leur donnant de l’autonomie et en diminuant leurs contraintes comme on le fait en Allemagne.

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