Sanofi : poursuite d’une stratégie suicidaire. Pourtant il ne faut pas se tromper

Le Président de Sanofi a de la suite dans les idées, il a vécu dans l’idée que l’avenir était aux groupes pharmaceutiques mondialisés tirés par ce que l’on a appelé les « blockbusters », c’est-à-dire les produits distribués par millions aux malades. Dans cette stratégie, le diabète, le cancer, représentent des marchés mondiaux qui doivent être captés par des produits phares et hégémoniques. C’est un objectif qui s’apparente à celui que je dénonce depuis des années, celui des « pure players », c’est-à-dire de la concentration qui plait tant aux économistes et qui se traduit en termes journalistiques par le « cœur de métier ». Je considère cette stratégie suicidaire, elle n’est plus à démontrer dans les industries du grand équipement comme je l’ai abondamment écrit avec la chute d’Alstom-Alcatel par rapport à General Electric et Siemens, il en sera de même dans les autres secteurs d’activité, et c’est à la santé des hommes et des femmes qu’il faut désormais s’intéresser et non plus seulement aux produits pharmaceutiques seuls. Le « marché » et les activités de recherche correspondantes s’orientent naturellement vers la prévention en même temps que les soins, ce qui conduit à la création d’entreprises « santé » et non uniquement « pharmacie ».

En son temps lorsque la décision de Sanofi de vendre l’entreprise Merial à Boeringher avait été annoncée, j’avais regretté que l’on prenne la direction inverse de celle de l’avenir du secteur, la santé animale, dont Merial est le leader mondial, étant partie intégrante de l’activité santé telle que je la conçois. En plus, céder une entreprise phare nationale, installée à Lyon, pour racheter en partie des actions de Sanofi, m’apparaissait une hérésie » patriotique ». Je n’ai pas changé de point de vue et je regrette que personne n’ait bougé devant cette folie.

La stratégie perdante continue néanmoins, et c’est désormais l’activité « génériques » européenne qui est en vente, toujours pour pouvoir racheter des actions de la société mère et ainsi rassurer les investisseurs sur la rentabilité de l’entreprise. Après avoir tenté une opération inamicale pour augmenter le portefeuille produit dans le domaine du cancer, le groupe continue à espérer « gagner » des parts de marché dans cette activité et en devenir un des leaders mondiaux, ce qui justifie à ses yeux le maintien d’un cours élevé du titre et donc le rachat d’actions.

Pourtant il apparait que cette stratégie est à courte vue, le premier marché, celui des pays développés, marché solvable, sera de plus en plus celui de la prévention, on traque ce qui peut apparaitre comme « cancérigène » tandis que l’on trouve des aliments qui « naturellement » sont protecteurs, les groupes pharmaceutiques vont devoir s’intéresser de plus en plus à la santé humaine comme un tout et discuter avec les apôtres de l’homme » augmenté » en leur montrant les limites de leur discipline. En poursuivant la démarche « blockbusters » les entreprises se trompent d’époque, c’est la différenciation entre les hommes qui va l’emporter et non la similitude, chacun cherchera «sa » solution pour le maintien de son équilibre.

Je regrette donc, une fois de plus, que nous n’ayons plus le gout à l’interrogation sur les stratégies industrielles qui vont modeler notre avenir, attirés comme des aimants par des débats picrocholins qui embuent nos cerveaux au point de ne plus arriver à distinguer l’essentiel de l’accessoire. L’orientation de notre industrie devrait nous intéresser car lorsque l’on se trompe c’est beaucoup de malheurs qui tombent sur notre pays, c’est ce que l’on appelle la « désindustrialisation » et la disparition des emplois.

Laisser un commentaire