Alstom : la fin des illusions !

Le déni des réalités industrielles, quasi général, se termine par une catastrophe pourtant largement prévisible et même annoncée, la fermeture du site de Belfort d’Alstom, avec la réduction de 400 à 500 emplois…dans un premier temps.

Dans cette affaire qui empoisonnera de manière certaine la vie politique française locale et nationale, quid du minimum de clairvoyance chez les responsables ?  Politiques, organisations syndicales, journalistes, entonnent le même refrain : « nous n’avons pas été prévenus « !  Pourtant tout avait été dit en temps et en heure depuis déjà plus de deux ans. Le pauvre nouveau Président d’Alstom qui n’arrêtait pas de communiquer sur les magnifiques contrats internationaux engrangés ces derniers mois est désormais cloué au pilori, sommé de s’expliquer sur cette annonce mal venue… en période électorale. Il faudrait que les industriels se mettent en veilleuse pendant une bonne année pour satisfaire les politiciens et leurs commentateurs. On croit rêver !

Mais revenons un peu en arrière lorsque le tonnerre gronde et que le Président de la société annonce son projet de cession à General Electric de 70% de son entreprise, celle qui concerne l’énergie. Dans le même temps il prédit aussi un renforcement des 30% restant dans le transport ferroviaire grâce au rétablissement de la situation financière. Il parait incongru, à l’époque, de dire que cette stratégie est absurde , qu’elle a d’ailleurs fait l’objet les années précédentes d’analyses convergentes de tous les responsables de l’entreprise : toutes les activités d’Alstom d’alors sont cycliques et il convient donc de les conserver pour essayer de jouer en termes de plans de charge sur celle qui fonctionne le mieux, évitant ainsi les compressions de personnel. Réduire la société au seul transport ferroviaire était forcément synonyme de fragilisation, ce qui arrive n’est donc pas une surprise. Les mêmes, dans les mêmes enceintes aveugles, avaient crié au miracle lors de la vente d’Alcatel aux Finlandais de Nokia, alors que les emplois n’étaient « sécurisés » que jusqu’à Juillet 2017… après l’élection présidentielle. Comme si le monde industriel devait s’organiser autour des échéances électorales. Lorsque les annonces de compression du personnel ont été faites, il a aussi été dit que les responsables industriels ne tenaient pas leurs engagements ! N’y a-t-il donc plus que la campagne Présidentielle qui compte ?

Notre industrie, en général, et les démembrements de la défunte Compagnie Générale d’Electricité, en particulier, ne méritent pas un tel traitement, comme je l’ai expliqué dans mon livre « La bataille de l’industrie », le redressement industriel indispensable pour notre pays passe par l’analyse sans concessions des raisons de notre affaiblissement pour arriver ensuite à des orientations efficaces.

Dans le domaine des grands équipements touchant par exemple l’énergie et les transports, les conglomérats sont la meilleure organisation, c’était le cas avec la Compagnie Générale d’Electricité en France, c’est la situation qui prévaut ailleurs avec General Electric, Siemens, Mitsubishi, et les géants chinois nouveaux venus sur la scène internationale. L’idée d’avoir un leader mondial sur un seul créneau ne résiste pas à l’analyse lucide de l’existant.

Quelles que soient les commandes enregistrées, rames de TGV, locomotives, sous-marins, centrales électriques, les pays demandent un transfert de technologies et une grande partie des constructions sur place si ce n’est la totalité. (Ainsi la commande récente des Américains pour les nouvelles rames de TGV.) Conserver les usines et ateliers dans le pays d’origine nécessite donc une grande fluidité entre les secteurs d’activité comme c’est le cas sur les sites de Siemens par exemple. Ce type d’organisation est indispensable pour être sûrs de pouvoir accepter de nouvelles commandes sans avoir perdu le savoir-faire. Car, dans l’industrie, il y a un savoir-faire qui peut disparaitre avec ceux qui ont « déjà fait » et qu’on ne retrouve pas forcément avec des nouveaux embauchés, c’est ainsi, par exemple, que l’arrêt des constructions de centrales nucléaires a forcément nui à notre capacité à en réaliser de nouvelles aujourd’hui. L’expérience, le savoir-faire, leur transmission, c’est essentiel dans ce secteur des grands équipements, et c’est assez général dans les activités productives.

On sait donc depuis qu’Alstom a été « recentré » sur le transport ferroviaire que l’activité de Belfort risque de rencontrer des problèmes…en 2018, c’est-à-dire après les élections présidentielles, et donc ce qui est « reproché » au nouveau Président d’Alstom comme au Président de Nokia c’est d’annoncer trop tôt les mesures envisagées ! Il n’y a dans ce fonctionnement que des coupables, majorité et opposition comme communicants, responsables industriels comme syndicaux et il y a des victimes, les salariés qui avaient cru aux discours des uns et des autres.

Désormais les « responsables » s’emploieront  à trouver quelques commandes en France pour passer le cap des présidentielles sans revenir sur l’absurdité de la décision de séparer l’activité transport du reste de l’entreprise et on finira, sans doute, par passer le cap de la campagne avec des cocoricos dans tous les camps. Tout cela est pitoyable, il ne fallait pas se tromper, il ne fallait pas tromper les salariés, pas plus que les français. Il ne fallait pas donner du « mais on a sauvé Belfort » comme l’ont proclamé quelques édiles locaux en mal de notoriété, l’industrie ne fonctionne pas à l’applaudimètre et à la posture.

Reprenons donc le problème industriel posé par Alstom. Deux sujets sont sur la table : le premier est de constater que le transport ferroviaire tout seul est une entreprise difficile, on peut y ajouter la maintenance, la signalisation, tout un ensemble qui peut permettre de retrouver une activité de « conglomérat » avec sans doute la recherche de diversification dans d’autres secteurs. Le second est de savoir si nous sommes encore à la pointe de l’innovation et si nos difficultés actuelles ne sont pas dues aussi à nos faiblesses techniques. Le deuxième point est fondamental car on peut effectivement faire du transfert de technologies, produire à l’étranger dans les pays clients, mais il faut avoir un coup d’avance et innover sans cesse. En nous gargarisant de notre excellence sur le réseau SNCF n’avons-nous pas négligé ce que les clients demandent aujourd’hui et surtout ce qu’ils demanderont demain ? Conserver des productions en France c’est d’abord être assurés d’être à la pointe de la technique et de s’assurer que c’est bien là que les clients nous attendent.

Oser dire aujourd’hui « nous avons déjà sauvé Alstom, et nous pouvons encore sauver Alstom » n’est pas acceptable. Alstom a été démantelé, les activités énergie compétitives et vitales pour l’indépendance nationale ont été cédées à General Electric de façon irresponsable. La filière énergétique française a ainsi été décimée et ceux qui en portent la responsabilité devraient, au moins, avoir l’élégance de se faire « discrets » !

2 Comments on “Alstom : la fin des illusions !”

  1. vraiment d’accord. Le concept de « pure player » est un concept de placement à court terme qui permet au financier de gagner le maximum pendant les périodes de cycle haut et de se débarrasser de la société durant les périodes de cycle bas. Combien de fois j’ai entendu des consultant et des actionnaires me recommander de ne garder que les pays et les clients à forte marge, comme s’ils étaient éternels et que les autres clients et pays ne m’apportaient pas des références à jour et des opportunités d’avenir. Plus on est pure player, plus on doit se diversifier géographiquement et s’exposer dans des pays-clients plus risqués.

    Merci

  2. JACQUES JUBLIN EH,OUI! TOUT A COMMENCÉ QUAND MR MACRON ET CONSORTS ONT LAISSÉ GENERAL ELECTRIC METTRE LA MAIN SUR LES ACTIVITÉS ÉNERGIE D’ALSTOM ,DESOSSANT AINSI LE GROUPE ET FAISANT DU FERROVIAIRE UN INÉLUCTABLE PARENT PAUVRE ,LIVRÉ SEUL À LA COMPÉTITION MONDIALE.TOUT CELÀ ÉTAIT ÉCRIT L’ANNÉE PASSÉE ,MAIS LE GOUVERNEMENT A FAIT L’AVEUGLE OU LE FAUX NAIF.PAUVRE INDUSTRIE FRANCAISE QUI SE DÉLITE ;ALSTOM,ALCATEL,APRÈS LA SIDÉRURGIE,TANDIS QU »EDF ET AREVA SONT DANS LA TOURMENTE.ET L’ON S’ÉTONNERA QUE LA FRANCE AIT ENCORE PERDU 330OOÀ EMPLOIS INDUSTRIELS….ON NOUS REBAT LES OREILLES AVEC L’ÉCONOMIE NUMÉRIQUE :POUR L’INSTANT ON COMPTE SURTOUT LES PERTES D’EMPLOIS À VALEUR AJOUTÉE.

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