Arabelle : il ne fallait pas se tromper

« Arabelle » c’est le nom d’une turbine, d’un turbo-alternateur, qui transforme la chaleur des réacteurs nucléaires en électricité. Elle a été développée par Alstom avec l’aide de son grand client EDF et des laboratoires publics français, en particulier le Commissariat à l’Energie Atomique(CEA). Cette adaptation au nucléaire d’une technique dont l’origine provient des centrales charbon a demandé des années d’efforts de milliers d’ingénieurs et de techniciens, avec un savoir-faire incontestable puisque 40% des centrales nucléaires en fonctionnement dans le monde utilisent « Arabelle ».

Ces machines sont à la pointe de la technique, allant de 900 Mégawatts à 1900 Mégawatts avec une sortie en 50 ou 60 Hertz. Ce sont des merveilles avec une architecture unique et novatrice et leur mise au point a été et est toujours l’objet d’un soin minutieux.

Lorsque le projet de céder l’activité Energie d’Alstom à General Electric a germé début 2014, j’avais exprimé mon désaccord de voir partir un élément essentiel de notre indépendance énergétique basée en grande partie sur le nucléaire, le turbo-alternateur « Arabelle » étant un élément capital. Il y en avait d’autres, comme les turbines hydrauliques où Alstom était également le premier mondial ! Par quelle aberration pouvait-on imaginer céder des positions d’excellence mondiale sans réagir ! Beaucoup de voix se sont exprimées dans le même sens, mais la détermination des protagonistes n’a pas fait fléchir politiques et commentateurs, comme résignés à nous voir disparaitre de la scène industrielle mondiale ! Jusqu’au dernier moment j’ai espéré qu’  »Arabelle » reste dans le giron français pour sauvegarder la filière nucléaire nationale et les responsables d’EDF ont tenté de mettre des sauvegardes aux accords contre nature en train de s’élaborer dans le secret des délibérations multiples.

La catastrophe est arrivée vite ! Après le départ des hauts responsables français de cet accord qu’ils ont défendu corps et âme, après avoir entendu qu’Alstom désormais « renforcé » selon les incantations de l’époque alors que ramené à une monoculture ferroviaire cyclique il est devenu encore plus fragile, vient le moment de discuter les prix de la maintenance des turbo-alternateurs installés dans les 58 réacteurs du parc nucléaire français. General Electric, ce n’est pas Alstom, ils ont acheté, ils sont propriétaires, peu leur importe que ces machines aient été développées en osmose entre EDF et Alstom, maintenant il faut payer le prix fort et rentabiliser au mieux l’investissement effectué l’année dernière ! Et tout le monde sait que dans le secteur des matériels énergétiques, les marges se réalisent dans la maintenance, il suffit de les augmenter puisque l’on est en situation de monopole !

Il ne fallait pas se tromper ! On s’est trompés alors que tous les voyants étaient au rouge ! On ne doit pas abandonner une technique de numéro 1 mondial quel qu’en soit le prix, car ensuite l’acheteur vous le fait payer ! Si cela pouvait servir de leçon, la France qui dispose encore de bien des atouts maitres pourrait voir son industrie se redresser. En attendant reprenons le contrôle d’» Arabelle », il n’est pas trop tard, nos ingénieurs les contrôlent encore et nous sommes leur premier marché, et je suis sûr que, comme les turbines hydrauliques vont subir le même sort, il est encore temps d’en reprendre le contrôle également.

3 Comments on “Arabelle : il ne fallait pas se tromper”

  1. Bonjour à tous. Je lis ce jour dans le Figaro, (p24) les réponses du PDG de général Électrique. Je doute que nous -France- récoltions équitablement les fruits de cet évolution à marche forcée. A l’entendre, tout vas bien se passer. Pour GE sûrement, pour nous j’en doute.

    1. tout a fait d’accord , c’est bien le drame de la vente d’alstom énergie à Général Electric

  2. Trois ans après cet « abandon », êtes-vous toujours aussi amer ou avez-vous tourné la page ?… J’avoue que je n’arrive toujours pas à avaler cette pilule et pourtant, je ne travaille pas chez Alstom et je n’ai aucun lien dans ce domaine. Je trouve que l’esprit de renoncement de toute cette affaire ne renforce pas la cohésion des Français et de la France. Cela n’inspire personne à aller de l’avant en sachant que certaines élites se laissent marcher sur les pieds de cette façon. Où est le « grit » américain justement, cette force de caractère et ce courage de faire entendre sa voix ?

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