Le téléphone, l’électricité, les chemins de fer et les régulateurs :il ne faut pas se tromper

Lorsque le 2 Avril éclate la nouvelle de la fin des négociations entre Bouygues et Orange sur le téléphone, trois mois se sont écoulés depuis l’annonce des discussions exclusives . Quand on énumère les entités qui ont participé aux réunions, on a le tournis, on a ainsi une petite idée du nombre de gens mobilisés et du cout d’un tel échec, ahurissant !

Ayant participé à de nombreuses négociations avec l’Etat comme actionnaire soit unique soit principal , je connais la difficulté de l’exercice mais cette fois -ci quelque chose m’étonne , il semble que les travaux aient été engagés sans que les principes aient été approuvés par la puissance publique ! La fusion Bouygues-Télécom /Orange conduisait à la présence de deux actionnaires principaux, l’Etat et Bouygues , il fallait donc un accord préalable sur leurs rôles futurs respectifs. On ne peut pas s’apercevoir au bout de trois mois de travaux harassants et couteux que l’on souhaite  chez l’actionnaire Etat que Bouygues soit un grand actionnaire de second rang  ! Cela n’est ni sérieux ni raisonnable.

Mais ici comme ailleurs c’est autre chose qui me taraude : qui dans cette affaire a représenté l’intérêt général ? L’Etat actionnaire ? L’autorité de régulation (ou ARCEP) ? Orange ? Bouygues ? SFR ? Free ? Les Banques ?

Or, depuis quelques années , tandis que notre industrie se délite , les grands acteurs structurants France -Telecom, EDF, Engie, Sncf …souffrent aussi en étant qualifiés de façon un peu méprisante d’opérateurs « historiques » , comme s’ils étaient des résidus appelés à disparaitre dans les poubelles …de l’histoire ! La concurrence ayant été érigée en obligation vitale et prioritaire , on a supposé que si elle était garantie , l’intérêt général l’était aussi et on a cru résoudre les problèmes de l’avenir par la création de régulateurs nommés par la puissance publique , mais néanmoins définis comme indépendants , autonomes et souverains ! Et ce sont ces instances qui , derrière leur rideau , finissent par décider de l’avenir de pans entiers du pays avec la seule justification qu’elles ne reçoivent pas d’ordres de l’Etat , qu’elles fonctionnent en toute indépendance , comme si l’Etat était désormais conçu comme celui qui donne des directives contraires à l’intérêt collectif ! Mais si le système démocratique conduit à mettre au pouvoir des incapables jamais désintéressés, des individus avides d’honneurs, d’argent et de pouvoir , et que l’organisation du pays doit se faire autour d’autorités indépendantes , responsables devant personne et largement inconnues , il faut le dire au citoyen ! Lui il ne le sait pas , qui a entendu parler de l’Arcep , de la Cre , ou de l’Arafer , de leurs Présidents , de leurs membres , et de leur personnel ? Si l’indépendance vis-à-vis du pouvoir politique est vertu , et si l’autorité de l’Etat est suspecte pourquoi nous fait-on miroiter que les élections peuvent conduire à des changements ?

Je vais donc prendre trois exemples et revenir à mon propos industriel habituel

En ce qui concerne les télécommunications, l’intérêt général me parait être de savoir si nous pouvons disposer en France de la couverture à 100% du territoire avec du haut débit, et si nous disposons de l’industrie et des services compétents pour assurer cette nécessité compétitive. Qui, dans la négociation, a défendu ces préoccupations essentielles pour notre avenir ? A la lecture des journaux j’aurais tendance à dire « personne » quoique la volonté de Bouygues de vouloir trouver une solution à trois opérateurs inclinerait pour lui ! Un comble ! En tous les cas, l’Arcep , en prenant en 2012 la décision de faire entrer un quatrième opérateur en France a été en sens contraire ! Troublant ! En effet en voulant en priorité faire baisser les prix pour le consommateur, on a  forcément négligé les aspects industriels et le service public ! Il y a d’ailleurs encore des zones blanches et Alcatel a été vendu à Nokia .

En ce qui concerne l’électricité et le gaz où l’ »indépendant » Président de la  CRE aura fait deux mandats ( ?) le consommateur n’a guère gouté des bienfaits de la concurrence, tandis que les grands opérateurs de service public vacillent sous les coups de butoir de la loi de transition énergétique ! Qui va payer les  éoliennes en mer hors de prix ? Qui paie les errements de certaines « énergies nouvelles » ? Le consommateur bien sûr, sans qu’il le sache vraiment. Le marché de l’électricité est complètement désorganisé , les recommandations de la Cre  sur les tarifs jamais suivies …mais elle entérine sans broncher de façon « indépendante » la nomination d’ un « dépendant « notoire du pouvoir politique à la tête du Réseau « indépendant «  lui aussi , la société RTE . La vente  de RTE à un autre « indépendant «  la Caisse des Dépôts et consignations (CDC ) est considérée comme une victoire !

Cerise sur le gâteau  l’Arafer, présidée par un ancien parlementaire (et donc indépendant par définition) annule la nomination d’un de mes anciens collaborateurs à la SNCF pour diriger le réseau parce qu’il ne serait pas « indépendant «  de celui qui dirige la partie dite « mobilité » ! Le ciel me tombe sur la tête ! L’intérêt général c’est de retrouver une cohésion entre les acteurs du ferroviaire , la séparation entre RFF et la SNCF , les rivalités des egos ont déjà entrainé une désorganisation du terrain qui a été une des causes des accidents récents , cela suffit ! Si l’on pense que l’on doit trouver des incompétents partout pour diriger les entreprises, qu’on le dise, ils seront « indépendants «  mais les entreprises disparaitront comme d’autres en 2015 …et avant . Le service public du ferroviaire nécessite de retrouver une cohésion au sein des équipes des roulants et du réseau, et , visiblement, ce n’est pas l’Arafer qui défend le service public , alors qui ?

Il ne faut pas se tromper d’objectif, je défend la compétition, l’autonomie des entreprises, la compétence nécessaire des dirigeants, leur responsabilité, mais des organisations irresponsables qui ne défendent que des « consommateurs » n’est ce pas ignorer gravement l’évolution du monde et de l’industrie ? La société civile demande bien plus à l’avenir que des prix cassés, elle demande qu’on lui décrive comment on prépare l’avenir de l’énergie, des communications et des transports, et que les décisions qui soient prises aillent dans le sens du progrès et du respect des territoires. Il faut clarifier d’urgence qui a le souci de l’intérêt général, le long terme, si ce n’est pas l’Etat, ni le gouvernement , ni les administrations , ni les sociétés publiques , ni les sociétés privées !Qui ? Doit-on considérer que notre démocratie débouche sur des associations multiples dans la « société civile «  faisant valoir, dans une compétition acharnée et là sans « régulateur » leurs positions antagonistes ? Bonjour les dégâts dans les trois domaines dont je viens de parler !

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