Le charbon

Dans l’idéologie en marche pour ce qui est appelé « la transition énergétique », il y a beaucoup de coupables , mais l’un d’entre eux porte le plus grand chapeau , le charbon . Il est donc devenu de bon ton de se séparer de toutes les activités qui s’en rapprocheraient, design, process, produits , donc chaudières ou même trading . Les quatre grands producteurs, Chine, Inde,  Brésil, USA ,peuvent bien se battre la coulpe devant la télévision et promettre le désengagement , les autres comme la Pologne, l’Inde ou l’Allemagne observer le ciel quand on leur parle, la réalité c’est que le charbon a 110 ans de réserves connues avec le maintien de la production actuelle et que les grands messes médiatiques ne changent rien à cette réalité .

Le monde, qu’on le veuille ou non, va continuer à utiliser le charbon comme combustible pour le chauffage et l’électricité, et, d’ailleurs, lorsque l’Allemagne a décidé la retraite du nucléaire, c’est le charbon qui l’a remplacé et les écologistes présents dans le gouvernement ont applaudi à cette évolution. Les endroits du monde où le charbon affleure sont nombreux, où aucune autre activité rurale ou industrielle n’est envisageable, et ce ne sont pas des déserts, il y a une population dans ces territoires qui n’ont pas pour ambition d’être déplacée …

Comme pour beaucoup de choses, la peur, la peur collective, est mauvaise conseillère, et plutôt que de montrer du doigt un produit, une technique , il vaudrait mieux définir la nocivité de son utilisation et faire évoluer les caractéristiques de son exploitation . Ce cas particulier rentre dans un cadre général  des annonces tonitruantes concernant des multitudes de secteurs ayant des conséquences sur la santé et le bien-être des populations au point où celui qui suivrait les directives devrait vivre cloitré ! Nucléaire, gaz de schiste, diesel, chimie organique, pesticides, carbone, tout est devenu danger, tout est plus ou moins cancérigène et susceptible de détruire planète et humains. Combattre l’utilisation du charbon devient vite un impératif national pour donner au monde entier l’exemple , car il est bien connu que la France est « exemplaire » et que le monde entier nous regarde …et nous imite !

En dehors de conséquences immédiates qui ne pèsent pas vraiment sur l’économie du pays, à savoir la disparition de la compétence nationale d’Alstom sur les chaudières à charbon, déjà transférée en Suisse et désormais vendue à General Electric, le fait de ne plus « exporter » de centrales charbon ne nous affecte guère puisque nous ne le faisions plus , il y a , dans cette conversion rapide à l’anti charbon un double écueil très préoccupant .

Tout d’abord, nos compagnies exploitantes possèdent des centrales à charbon, plutôt performantes, en France et à l’étranger. Pour se conformer à la doctrine il faudrait s’en séparer et ainsi satisfaire la communication nationale qui a crié haro sur le charbon ! J’entends d’ici ENGIE qui a succédé à Gaz de France -Suez se lancer à corps perdu dans les énergies nouvelles en annonçant aussi vouloir se séparer des centrales impies -qui sont cependant une part importante de ses installations – ! Il sera bien difficile de bien les vendre dans cette ambiance, et encore plus compliqué de mobiliser les équipes sur des alternatives dont elles doutent encore de l’efficacité. Il en serait de même pour d’autres opérateurs tentés par l’expérience d’obéissance aux mythes d’une transition rapide.

Plus grave, à mon sens, l’invention d’un nouveau délit « le charbon », n’est en aucun cas justifié car entre les centrales existantes et celles de demain il y a une véritable révolution, et c’est cela que les scientifiques et ingénieurs réalisent, utiliser au mieux les produits énergétiques en diminuant sans cesse les conséquences néfastes auxquelles ils nous exposent ! Condamner le charbon c’est d’une certaine façon condamner l’évolution scientifique et industrielle. C’est pour moi un point capital car je l’observe depuis vingt ans dans toutes les communications politiques et médiatiques, une sorte de méfiance désordonnée à l’égard d’un progrès possible d’augmentation de nos connaissances qui nous met très loin de nos pères pionniers de l’automobile ou de l’aviation qui essayaient et essayaient toujours jusqu’au succès final. Sommes-nous arrivés au stade final de nos connaissances en matière énergétique ? Non ! Et il est clair que nous avons trop négligé les aspects environnementaux pendant des décades, conduisant à des pollutions inacceptables et à des gaspillages stupides. Sommes-nous en train de progresser ? Oui, c’est incontestable, et nous le faisons sur le charbon comme sur le reste. Arriverons-nous à un niveau satisfaisant pour toutes les sources d’énergie, y compris le charbon ? Je l’espère, mais, en tous les cas le monde scientifique et technique est mobilisé pour y parvenir !

Et soudain, dans ce monde où tout est remis en question tous les jours, où chaque certitude est remise en cause le lendemain, un oukase tombe : « le charbon, non ! »

Cette utilisation des peurs et des modes est insupportable.

Il y a trois grandes filières techniques pour transformer le charbon en électricité, la première se fait à très haute température, on l’appelle charbon critique ou supercritique, la seconde utilise le lit fluidisé circulant, la troisième est un cycle combiné à gazéification intégrée. Ces trois technologies évoluent tous les jours pour à la fois améliorer les rendements, diminuer les pollutions, et maintenir les couts de production et de maintenance. En ce qui concerne la première technologie, Alstom avait une longueur technique d’avance pour atteindre 700 degrés centigrades et ainsi bruler beaucoup plus de produit en réduisant le CO2. Pour toutes les filières le but est de se rapprocher en rendements et en émissions des caractéristiques des centrales à gaz. Des normes drastiques augmentent les couts, et c’est le cas de toutes les énergies, mais le charbon continue à être techniquement disponible avec l’évolution actuelle des réglementations mondiales.

En dehors des contraintes dues au produit qui est, on le sait, très difficile à « nettoyer », pour répondre correctement, il faut aussi prendre en compte deux paramètres majeurs, l’utilisation des installations en « base », c’est-à-dire en fonctionnement quotidien, en semi-base ou en appoint, c’est-à-dire que les problèmes liés à la mise en route instantanée et discontinue des centrales sont à regarder de près, l’autre paramètre étant le charbon lui-même dont la teneur varie de l’anthracite à la lignite : si l’on ne change pas d’approvisionnement  et que l’on choisit un charbon de qualité les rendements et la dépollution seront toujours meilleurs.

Il est donc erroné d’effacer techniquement d’un trait de plume le charbon pour utilisation électrique !

Mondialement c’est encore pire, car il y a du charbon pour plus d’une centaine d’années, les installations existantes fournissent près de 50% de l’électricité mondiale, et ceci dans des régions où l’alternative n’existe pas ! Que faut-il faire ? Se fermer les yeux et sonner les trompettes des « énergies renouvelables « sauvant la planète et l’humanité, ou engager des programmes de mise au norme de toutes ces centrales qui pourrissent la vie de millions d’hommes et de femmes de Téhéran à Bombay, de la Chine à la Russie et la Pologne ! Toutes ces centrales qui crachent aujourd’hui des NOx, des SOx, des poussières, des composés mercurés, sont perfectibles puisque nous avons modifié nos propres centrales européennes avec nos exploitant nationaux EDF et ENGIE et nos techniciens d’Alstom. Pendant 50 ans, en particulier, nous avons concentré les installations et supprimé les petites centrales de chauffage ou de production électrique qui polluaient toutes nos agglomérations, ces petits foyers locaux sont ravageurs dans la plupart des pays du monde (en particulier en Inde). Nous savons faire puisque nous l’avons déjà fait, et cela c’est une véritable priorité pour la vie quotidienne de millions d’hommes et de femmes à travers le monde. En Chine le mouvement est amorcé et les normes 2020 sont deux fois plus contraignantes que les normes européennes ! Et à chaque ouverture de nouvelle centrale doit correspondre la fermeture d’une ancienne. Et l’on connait bien en France chez EDF la capacité à réduire ainsi de façon drastique les émissions de CO2 !

Encore une fois, il ne faut pas se tromper, la disparition du charbon n’est pas pour demain, il restera une source d’énergie pendant des dizaines d’années, y compris à nos portes chez nos partenaires allemands et polonais. Il ne sert à rien de se voiler la face. Nous ne savons toujours pas si le bilan écologique -carbone et rendements – des alternatives est satisfaisant quel que soit le lieu et quelle que soit l’utilisation, par conséquent il nous est difficile de professer une révolution énergétique dont nous ne maitrisons pas les paramètres essentiels. Soyons plus humbles, observons que le charbon est et sera utilisé, et que ses caractéristiques exigent que les transformations des unités existantes soient opérées pour le bien des gens qui les entourent. Et, en conséquence, sauvegardons nos scientifiques, ingénieurs et techniciens qui ont fait des prouesses techniques en valorisant leur travail et en l’exportant.

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